Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
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 Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an

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Joel
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Jeu de rôle: Le patriote

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MessageSujet: Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an   Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an EmptySam 21 Mai 2022 - 8:01

NEW YORK TIMES pibliye jodi an ,yon DOKIMAN sou RANSON ke LA FRANS te ekzije AYITI peye .
NEW YORK TIMES di MIZE ke AYITI ap andire jounen jodi an;vini de RANSON sa a.

Wi NEW YORK TIMES ke JOUNAL FRANSE LE MONDE (wi LE MONDE jounal franse an) di ke se JOUNAL ki pi PRESTIJYE sou PLANET lan.

NEW YORK TIMES pibliye DOSYE an ,an TWA lang (3) ANGLE,KREYOL,FRANSE .

Wap li,BERROUET ORIOL?
NEW YORK TIMES di ke yo te mete anpil ESPESYALIS pou dekotike DOSYE ENPOTAN sa a:EKONOMIS,ISTORYEN elt..

Mwen pa konnen si MOUN ki pa gen ABONNMAN NYTIMES yo kapab li tout DOSYE an.
Nou kapab toujou ka eseye:

https://www.nytimes.com/2022/05/20/world/haiti-history-colonized-france.html
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Joel
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MessageSujet: Re: Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an   Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an EmptySam 21 Mai 2022 - 16:33

Mesye wo;ou konnen m sezi.

NEW YORK TIMES pa lan vire DYOL yo .Se NEW YORK TIMES ki gen pi gwo BIDJE lan tout JOUNAL sou PLANET lan.

De MILYA DOLA ,se CHIF DAFE NEW YORK TIMES.

Ak bon jan BET,NEW YORK TIMES dekotike pouki sa KOUDETA kont ARISTIDE lan te fet.
OZETAZINI ,pawol NEW YORK TIMES se pawol LEVANJIL.
Eske NEW YORK TIMES ap mande pou ETAZINI rektifye ENJISTIS KOUDETA kont ARISTIDE lan?
Menm jan ,yo te rektifye KOUDETA lan ONDIRAS kont ZELAYA a?
KOUDETA kont ZELAYA lan ONDIRAS ,se te FOTOKOPI KOUDETA kont ARISTIDE lan.
San nou pa bezwen fe KONKLIZYON ,eske yo ka lan BOUNDA EKSTREM DWAT AYISYEN an tou:
GRANMANMAN FRANKOFIL YO

https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/haiti-aristide-france-reparations.html

By Constant Méheut, Catherine Porter, Selam Gebrekidan and Matt Apuzzo
Published May 20, 2022
Updated May 21, 2022, 2:40 p.m. ET
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Le mot, lâché à mi-discours, fait l’effet d’une bombe.

“Réparation !”, tonne Jean-Bertrand Aristide, l’impétueux président haïtien, sous les vivats d’une foule d’agriculteurs, d’ouvriers et d’étudiants.

Depuis la tribune où il est installé, l’ambassadeur de France en Haïti dissimule son inquiétude derrière un sourire gêné. Il connaît suffisamment M. Aristide pour s’attendre à des piques contre les anciens colons et esclavagistes français. Mais en ce 7 avril 2003, le président haïtien vient soudainement de demander des réparations financières à la France. L’annonce est une déflagration qui deviendra la pierre angulaire de son mandat — et participera à sa chute, de l’aveu même de diplomates.

“Il fallait essayer de le désamorcer”, analyse rétrospectivement Yves Gaudeul, l’ambassadeur français de l’époque, comparant la demande de réparations à un “explosif.”

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Jean-Bertrand Aristide
Jean-Bertrand AristideCredit...Cannaday Chapman

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Yves Gaudeul
Yves GaudeulCredit...Cannaday Chapman

M. Aristide visait alors à exhumer un pan de l’histoire qui reste encore largement occulté en France. Bien après que les Haïtiens eurent brisé leurs chaînes, repoussé les troupes napoléoniennes et proclamé leur indépendance il y a 200 ans, les Français étaient revenus à bord de navires de guerre avec un ultimatum inédit : Haïti devrait payer une indemnité astronomique à ses anciens esclavagistes, ou affronter une nouvelle guerre.

ImageLe président Jean-Bertrand Aristide, sa femme Mildred Trouillot et des gardes du corps, le 7 avril 2003, lorsqu’il a demandé des réparations à la France.
Le président Jean-Bertrand Aristide, sa femme Mildred Trouillot et des gardes du corps, le 7 avril 2003, lorsqu’il a demandé des réparations à la France.Credit...Thony Belizaire/Agence France-Presse — Getty Images

Haïti deviendra ainsi le seul pays au monde à payer ses anciens esclavagistes et leurs descendants pendant plusieurs générations. Le pays a versé à la France l’équivalent de centaines de millions de dollars, selon une analyse de milliers de pages d’archives par The New York Times, enclenchant un cycle de dette perpétuelle qui a sapé son développement pendant plus de 100 ans.

Pourtant, cette histoire n’est toujours pas enseignée dans les écoles françaises. Et nombre d’importantes familles aristocratiques françaises ignorent aujourd’hui que les plus pauvres des Haïtiens ont continué à payer leurs ancêtres bien après la fin de l’esclavage.

Mais Jean-Bertrand Aristide, le premier président démocratiquement élu en Haïti après des décennies de dictature, souhaitait que la France fasse bien plus que reconnaître ce passé. Il voulait une restitution des sommes payées.

“Que de belles écoles, de belles universités, de beaux hôpitaux allons-nous bâtir pour les enfants !”, promet-t-il ce jour-là à la foule. “Que de nourriture y aura-t-il en abondance !”

Les conséquences furent immédiates, et durables. Une dizaine de personnalités politiques françaises et haïtiennes ont décrit lors d’interviews comment la France a agit rapidement et résolument pour étouffer la demande de restitution, puis a soutenu les opposants de M. Aristide, avant de le chasser du pouvoir avec l’aide des États-Unis.

La France et les États-Unis ont toujours déclaré que son éviction n’avait rien à voir avec la demande de restitution, accusant plutôt le tournant autocratique du président haïtien et sa perte de contrôle du pays. M. Aristide aurait été poussé à l’exil pour éviter que le pays, déjà en proie à l’agitation, ne sombre dans le chaos.

Mais Thierry Burkard, ambassadeur de France en Haïti à l’époque du départ du président haïtien, admet aujourd’hui que les deux pays ont bien orchestré “un coup” contre M. Aristide. Quant au lien entre sa brusque éviction du pouvoir et la demande de restitution, M. Burkard reconnaît que “c’est probablement ça aussi un peu.”


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Thierry Burkard
Thierry Burkard
Credit...Cannaday Chapman

“Ca nous simplifiait le travail”, explique l’ancien ambassadeur.

Deux siècles après que la France a forcé Haïti à rétribuer ses anciens esclavagistes pour une liberté déjà conquise sur le champ de bataille, le legs de ces paiements pèse encore aujourd’hui sur les relations entre les deux pays. En demandant une restitution, Haïti, un pays né de la révolte d’esclaves la plus victorieuse au monde selon les historiens, frappait au coeur de l’identité nationale de la France, défenseure des droits de l’homme, et risquait d’inciter d’autres pays des Caraïbes et d’Afrique à suivre son exemple.

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Une illustration des combats entre les rebelles haïtiens et l’armée française lors de la révolution haitienne, en 1791.
Une illustration des combats entre les rebelles haïtiens et l’armée française lors de la révolution haitienne, en 1791.Credit...API/Gamma-Rapho, via Getty Images

“On était très méprisant vis-à-vis d’Haïti”, se souvient M. Gaudeul. “Ce qu’on ne pardonnera jamais, je crois, à Haïti, au fin fond de nous-mêmes, c’est que c’est le pays qui nous a vaincus.”

La demande de restitution de M. Aristide continuera pourtant de résonner après sa destitution en 2004. Elle conduira même, onze ans plus tard, à une stupéfiante concession de François Hollande, alors président de la République, qui qualifiera indirectement les sommes payées par Haïti de “rançon de l’indépendance”.

Depuis, l’intérêt des chercheurs pour l’histoire des paiements haïtiens n’a cessé de croître. Lors d’une conférence tenue en décembre dernier au ministère de l’économie, Jean-François Brière, l’un des plus éminents historiens des relations franco-haïtiennes, a qualifié ces paiements de forme de “méta-esclavage” ayant empêché Haïti de se libérer du joug français, bien après son indépendance.

“Tous les Français sont concernés” par le passé colonial français en Haïti, déclare aujourd’hui l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault. Pourtant, constate-t-il, les élèves n’en entendent pas parler à l’école et peu de responsables politiques en font mention.

“Ce n’est jamais enseigné”, déplore-t-il. “Ce n’est jamais expliqué.”

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Jean-Bertrand Aristide chez lui près de Port-au-Prince, l’année dernière.
Jean-Bertrand Aristide chez lui près de Port-au-Prince, l’année dernière.Credit...Federico Rios pour The New York Times

21 685 135 571 dollars et 48 cents
Au lendemain du discours d’avril 2003, M. Gaudeul, alors ambassadeur en Haïti, souhaite négocier.

Il craint que la soudaine demande de restitution de M. Aristide ne soit une grenade politique qui pourrait embarrasser la France sur la scène internationale et détériorer les relations entre les deux pays.

En outre, la démarche de M. Aristide n’est pas insensée, pense-t-il alors.

“Il n’avait pas tort de dire tout le mal que cela avait fait à son pays et de demander à la France des compensations à son tour”, explique-t-il au sujet du passé colonial français en Haïti.

M. Gaudeul affirme avoir exhorté le gouvernement français à entrer en discussion avec Haïti pour aider à désamorcer la situation, avant d’essuyer un refus catégorique de sa hiérarchie.

“Je ne comprenais pas comment on faisait pour être aussi bête”, déplore-t-il.

M. Aristide, un homme politique clivant, élu au pouvoir grâce son aura de défenseur des pauvres, savait que sa demande sèmerait la discorde. Il avait donc choisi un jour emblématique pour l’annoncer et s’assurer un retentissement maximal : le bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, le leader révolutionnaire haïtien capturé par les troupes de Napoléon et décédé dans une prison française, sans autre forme de procès.

“Pourquoi, après 200 ans, Haïti est-il aussi appauvri ?” interroge Jean-Bertrand Aristide, lors d’une récente interview à son domicile en banlieue de Port-au-Prince. L’une des causes, explique-t-il, est la somme pharamineuse qu’Haïti a dû verser à la France au fil des générations, un lourd fardeau souvent appelé “la dette de l’indépendance”.

Selon ses anciens collaborateurs, M. Aristide ne commence à se pencher sur l’histoire de cette dette qu’après avoir été démis une première fois de ses fonctions, en 1991, lorsqu’un coup d’État militaire le forçe à s’exiler aux États-Unis. Il se plonge alors dans les publications qui émergent à l’époque, se passionnant pour un passé dont il avait lui-même peu entendu parler comme président.

Après que les Américains facilite son retour au pouvoir, il est réélu à présidence du pays en 2000 et intensifie ses recherches. “Il appelait souvent pour demander des informations supplémentaires”, se souvient Francis Saint-Hubert, un médecin haïtien qui a étudié les liens entre l’état lamentable de la santé publique haïtienne et l’argent siphonné par la France.

Le jour du bicentenaire, M. Aristide décide de jouer la surenchère en annonçant le montant exact que la France doit selon lui à Haïti : 21 685 135 571 dollars et 48 cents.

À l’époque, les diplomates français, ainsi que certains intellectuels haïtiens, raillent cette somme phénoménale, y voyant un simple coup de communication de la part d’un démagogue cherchant à se maintenir au pouvoir à tout prix. Un groupe de 130 intellectuels haïtiens qualifie la campagne pour la restitution de “tentative désespérée” pour détourner l’attention de la “dérive totalitaire, l’incompétence et la corruption” du gouvernement de M. Aristide. Un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères déclare également que la France n’a pas de “leçons à recevoir” des autorités haïtiennes.

Mais une analyse économique du New York Times révèle que les pertes à long terme causées par les versements d’Haïti à la France pourraient être étonnament proches du chiffre avancé par M. Aristide.
L’estimation du président haïtien pourrait même avoir été modeste.

Le Times a parcouru des milliers de pages d’archives gouvernementales pour calculer le montant payé par Haïti à la France sur plusieurs générations. Ces sommes n’incluent pas seulement les indemnités réglées aux anciens esclavagistes, mais aussi un prêt contracté pour aider à les financer. Au total, Haïti aura payé l’équivalent de 560 millions de dollars aujourd’hui.

Mais ce montant traduit mal la perte économique subie par Haïti. Avec l’aide de quinze économistes de renom à travers le monde, nous avons modélisé ce qui aurait pu advenir si cet argent avait été injecté dans l’économie haïtienne, au lieu d’être expédié en France sans biens ni services en retour.

Selon nos estimations, les paiements à la France ont coûté au développement économique d’Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars de pertes sur deux siècles, soit une à huit fois le produit intérieur brut du pays en 2020.


“On construisait un chemin vers la vérité”, a déclaré M. Aristide lors de l’interview, sans qu’il ait alors connaissance des estimations du New York Times.

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Cap-Haïtien. La “double dette” d’Haïti, soit la rançon exigée par la France et l’emprunt contracté pour la payer, a précipité le pays vers la pauvreté et le sous-développement.
Cap-Haïtien. La “double dette” d’Haïti, soit la rançon exigée par la France et l’emprunt contracté pour la payer, a précipité le pays vers la pauvreté et le sous-développement.Credit...Federico Rios pour The New York Times

La riposte des Français
Mois après mois, la campagne pour la restitution s’intensifie. Banderoles, autocollants, publicités gouvernementales et graffitis de soutien fleurissent à travers le pays.

Le gouvernement haïtien missionne un cabinet français, Bichot Avocats, et un professeur de droit international, Günther Handl, pour rédiger des conclusions juridiques et trouver une juridiction devant laquelle Haïti pourrait porter l’affaire. Ce travail est détaillé dans des centaines de pages de documents et d’emails examinés pour la première fois par The New York Times.

Au plan juridique, les chances de succès paraissent faibles. Mais ce travail de fond semble moins avoir pour de but de remporter un procès que de faire pression sur la France.

Dans un email adressé en novembre 2003 à Ira Kurzban, avocat américain qui travaille alors comme conseiller juridique du gouvernement haïtien, M. Handl détaille son approche : “Dans le cadre de cette stratégie, Haïti doit faire comprendre à la France” qu’il existe des moyens appropriés “pour laver le linge sale de la France en public”, écrit-il.

Alors que M. Aristide commence à enjoindre d’autres anciennes colonies de rallier son combat, la position française passe rapidement du dédain à l’inquiétude, selon d’anciens responsables français et haïtiens. À l’automne 2003, la France nomme un nouvel ambassadeur en Haïti, Thierry Burkard. Ce dernier voit dans la campagne pour la restitution “un piège” qui risque d’ouvrir les vannes à des demandes similaires de la part d’anciennes colonies françaises.

“L’Algérie peut parfaitement réclamer, et la plupart de nos colonies” le peuvent aussi, explique aujourd’hui M. Burkard. “Ça n’avait pas de fin. Ça aurait été un précédent qu’on nous aurait énormément reproché”.

La France passe rapidement à l’action. Peu après la prise de poste de M. Burkard, le ministre des Affaires étrangères nomme une commission présidée par le célèbre philosophe Régis Debray. La commission est officiellement chargée d’identifier les moyens d’améliorer les relations franco-haïtiennes. Mais officieusement, une autre mission est définie clairement, selon M. Burkard et M. Debray : détourner la discussion du sujet de la restitution.

M. Burkard, aujourd’hui retraité, affirme que M. Debray avait pour “instruction de ne pas dire un mot allant dans le sens de la restitution.”

La commission arrive en Haïti en décembre 2003 dans un climat tendu, selon six de ses membres et plusieurs responsables haïtiens interviewés par The New York Times. Lors d’une réunion au ministère des Affaires étrangères, la délégation française se présente accompagnée de gendarmes armés. L’équipe de M. Aristide dénonce une manoeuvre d’intimidation.

Selon des notes manuscrites prises par un membre de la commission, M. Debray rejette d’emblée la demande de restitution. “Vous n’avez rien démontré de sérieux sur ce sujet”, lance-t-il.

Lors d’une interview, M. Debray a comparé cette demande à “de la démagogie pour enfant de sept ans”, tout en déplorant que le passé colonial de la France en Haïti ait été effacé de la mémoire collective française.

M. Saint-Hubert, le médecin haïtien, alors présent à la réunion, dit se souvenir que M. Debray présentait la dette de la France envers Haïti comme étant morale et non financière.

“Nous n'avons pas payé en morale”, M. Saint-Hubert se rappelle avoir répondu. “C’était en cash, du cash bien solide”.

Plusieurs membres de la commission française ont confié au New York Times qu’ils estimaient que le président haïtien était corrompu et craignaient que toute somme d’argent qui lui serait versée soit utilisée à des fins personnelles.

En cette fin d’année 2003, les affrontements entre partisans et opposants de M. Aristide deviennent de plus en plus violents, et le gouvernement haïtien est accusé de réprimer la dissidence. Des organisations de défense des droits de l’homme notent que les forces de police et des “malfrats pro-gouvernmentaux” attaquent les opposants politiques et la presse indépendante. Les autorités américaines accusent — et plus tard condamneront — certains membres de l’administration du président pour trafic de drogue.
Dans un rapport publié en Janvier 2004, la commission salue les adversaires de M. Aristide, y voyant le signe encourageant d’une “opposition civile” qui est “prête à assumer ses droits et devoirs civiques”. Elle laisse aussi entendre que le président haïtien pourrait bientôt quitter ses fonctions, évoquant “un futur gouvernement de transition”.

“Moi, j’étais pour que Aristide s’en aille”, se souvient Jacky Dahomay, un philosophe français membre de la commission.

Un avertissement avait déjà été émis un mois plus tôt, à la mi-décembre 2003, lorsque M. Debray se présente au palais présidentiel, à Port-au-Prince.

“Ça sent le roussi pour vous”, dit-il avoir lancé à M. Aristide, lui conseillant de renoncer au pouvoir pour éviter un sort semblable à celui de Salvador Allende, le chef d’état chilien mort en 1973, lors d’un assaut militaire contre son palais présidentiel.

M. Debray explique aujourd’hui qu’il souhaitait simplement sauver la vie de M. Aristide en l’avertissant que les États-Unis prévoyaient de le renverser. M. Burkard estime lui que le philosophe est allé “trop loin”. Quant à M. Aristide, il déclarera plus tard qu’on lui avait demandé de démissionner.

“Les menaces étaient claires et directes : ‘Ou vous démissionnez, ou vous pouvez être abattu !’”, relatera-t-il en 2005, un an après avoir quitté le pouvoir.

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Le président Jean-Bertrand Aristide au palais présidentiel de Port-au-Prince, le 31 décembre 2003, deux mois avant son éviction.
Le président Jean-Bertrand Aristide au palais présidentiel de Port-au-Prince, le 31 décembre 2003, deux mois avant son éviction.Credit...Ruth Fremson/The New York Times

Un aller sans retour
29 février 2004. Ni les pilotes, ni M. Aristide ne connaissent leur destination. L’avion tourne en rond depuis des heures, hublots fermés, tandis que des diplomates français se démènent pour trouver un pays susceptible d’accueillir le futur ex-président.

M. Aristide vient d’être chassé du pouvoir.

Le même jour, peu avant l’aube, Luis Moreno, un diplomate américain, franchit en voiture le large portail de la résidence fortifiée du président, avant de gravir les marches jusqu’à la porte d’entrée, accompagné d’agents de sécurité du département d’État américain.

Dix ans auparavant M. Moreno avait facilité le retour de M. Aristide en Haïti, après sa destitution par l’armée. À présent, c’est l’inverse qui se produit : au seuil de la porte, M. Moreno salue le président et lui demande sa lettre de démission.

Quelques minutes plus tard, M. Aristide et son épouse sont conduits à l’aéroport, où un avion affrété par les Américains les entraîne vers l’exil.

M. Moreno se souvient avoir fait remarquer à M. Aristide l’ironie de la situation. “J’étais l’une des premières personnes à lui serrer la main à son retour d’exil” raconte-t-il. “Et maintenant, j’allais être le dernier à lui dire au revoir.”

Alors que l’avion est déjà dans le ciel, la France sollicite les dirigeants de trois pays africains pour leur demander d’accueillir M. Aristide, selon M. Burkard. Tous refusent. Finalement, la République centrafricaine, une ancienne colonie française, accepte. Jean-Bertrand Aristide y demeurera environ deux semaines avant d’être exilé, d’abord brièvement en Jamaïque, puis en Afrique du Sud jusqu’en 2011.

M. Aristide dit alors avoir été kidnappé. Colin L. Powell, le ministre américain des affaires étrangères de l’époque, juge l’accusation “absolument sans fondement, absurde”, et assure, aux côtés de la France, que le leader haïtien a quitté le pouvoir de son plein gré.

Encore aujourd’hui, nombre de responsables français et américains soutiennent que M. Aristide a démissionné pour empêcher que la crise politique qui déchirait Haïti ne dégénère en guerre civile. Des rebelles armés se rapprochaient alors dangereusement de Port-au-Prince. La France avait publiquement exhorté M. Aristide à se retirer, tandis que les États-Unis y avaient fait fortement allusion.

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Des Marines américains patrouillent en Haïti en mars 2004, suivis par une foule en colère de supporters de M. Aristide.
Des Marines américains patrouillent en Haïti en mars 2004, suivis par une foule en colère de supporters de M. Aristide.Credit...Michael Kamber pour The New York Times

M. Moreno affirme que le départ de M. Aristide “s’est fait entièrement à sa demande” et qu’il “voulait éviter une effusion de sang.”

Toutefois, la lettre de démission de M. Aristide était écrite en créole haïtien et les débats sur sa traduction exacte se poursuivent encore aujourd’hui. M. Burkard, l’ambassadeur français de l’époque, considère que la lettre était “ambigüe” car elle ne faisait pas clairement état d’une démission.


Il reconnaît également, une première pour un responsable français, que la France et les États-Unis ont orchestré “un coup” contre M. Aristide en le poussant à quitter le pouvoir et à s’exiler. Un autre ancien ambassadeur français en Haïti, Philippe Selz, également membre de la commission française, a quant à lui déclaré que “la décision” avait été prise “d’extrader le président, de le faire partir.”

Quelques semaines après le départ de M. Aristide, Gérard Latortue, nommé chef du gouvernement haïtien par intérim avec le soutien des puissances occidentales, rencontre le président Jacques Chirac et, dans la cours du palais de l’Elysée, déclare aux journalistes qu’il a renoncé à la demande de restitution.

Les relations franco-haïtiennes doivent repartir sur de nouvelles bases, explique-t-il, après avoir été “affectées négativement par tous les efforts de l’ancien régime pour demander une restitution de la dette de l’indépendance.”

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Une illustration représentant la révolte des Haïtiens contre les forces coloniales françaises.
Une illustration représentant la révolte des Haïtiens contre les forces coloniales françaises.Credit...Getty Images

Une histoire passée sous silence
Avec le recul, M. Gaudeul, l’ancien ambassadeur, estime que la réponse agressive de la France à la demande de restitution s’explique par sa réticence à assumer un passé qui remet en cause son image de pays défenseur des droits de l’homme.

“Haïti a quand même été un très mauvais exemple” pour la France, indique-t-il.

Une grande partie du passé français en Haïti reste déformée, minimisée ou oubliée, selon les chercheurs. Presque aucun manuel scolaire français ne mentionne qu’à la fin des années 1780, Saint-Domingue, le nom d’Haïti sous domination coloniale, absorbait 40 % de l’ensemble de la traite transatlantique. Ou que Napoléon, tentant de rétablir la suprématie française sur l’île en 1803, y a perdu davantage d’hommes qu’à Waterloo.

À peine un élève sur dix en France apprend l’histoire de Toussaint Louverture et de la révolution haïtienne, selon un rapport publié en 2020 par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Quant à l’histoire des indemnités versées aux anciens esclavagistes français, elle n’est “nullement inscrite dans les programmes scolaires français, à aucun niveau”, indique Nadia Wainstain, la professeure d’histoire qui a coordonné le rapport de la fondation.

Le ministère français de l’éducation a déclaré que le rapport ne rendait pas suffisamment compte de l’instruction sur Haïti dispensée au collège. Mais il a reconnu que la possibilité d’inclure l’histoire des indemnités dans le programme d’histoire n’avait jamais été discutée.

Même les descendants des propriétaires d’esclaves ayant bénéficié des paiements haïtiens disent ne presque rien savoir de cette histoire.

On trouve parmi eux des membres de la famille de Napoléon, de la royauté européenne et du gotha de l’aristocratie française. Sur les 31 descendants contactés par The New York Times, très peu ont déclaré connaître ce pan de leur passé.

“Je ne savais pas”, s’étonne Louis Baudon de Mony-Pajol, descendant au sixième degré de Jean-Joseph de Laborde, un banquier du roi Louis XV qui fut l’un des plus grands propriétaires d’esclaves en Haïti. Cette histoire, ajoute-t-il, est une “bombe politique et sociale” capable de déclencher une guerre culturelle en France.

Emmanuel de la Burgade, qui descend d’un autre esclavagiste, dit n’avoir découvert cette histoire qu’au moment de la rédaction d’un livre sur sa famille. Quand il en a parlé à son père, ce dernier lui aurait répondu : “N’en parle à personne.”

Plusieurs descendants de Jean-Joseph de Laborde ont pris connaissance de leur passé via les journaux en 2015. En mai de cette année-là, le Conseil Représentatif des Associations Noires, une organisation anti-raciste française, annonce assigner en justice l’homme d’affaire Ernest-Antoine Seillière de Laborde, accusant sa famille d’avoir bénéficié de l’esclavage.

“C’était une nouvelle cinglante”, se souvient Natalie Balsan, une descendante au septième degré de M. de Laborde. “Me savoir descendante d’un esclavagiste a été quand même une gifle.”

À la fin du 18e siècle, M. de Laborde a convoyé vers Haïti près de 10 000 Africains à bord de ses navires et fait travailler sur ses plantations près de 2000 esclaves, dont beaucoup y sont morts. Un village du sud-ouest d’Haïti porte toujours son nom.

M. de Laborde perdra ses plantations au moment de la révolution haïtienne, puis sera guillotiné en 1794 à Paris par les révolutionnaires français. Deux de ses enfants, Alexandre et Nathalie, recevront néanmoins des indemnités haïtiennes d’une valeur de 1,7 millions de dollars aujourd’hui. Il s’agit du plus important versement effectué à une même famille, selon une base de données établie par l’historien allemand Oliver Gliech.

Le procès contre Ernest-Antoine Seillière de Laborde n’aura finalement pas lieu, mais il déclenchera une discussion au sein de sa famille. Alors que des cousins commencent à échanger des emails, M. Seillère de Laborde, ancien président du MEDEF et héritier de la famille Wendel, l’une des plus riches de France, consulte plusieurs historiens pour examiner l’histoire des versements à sa famille.

Un historien indique que l’argent a probablement été dilapidé par Alexandre, le fils, qui est mort ruiné. M. Seillère de Laborde n’a pas répondu à plusieurs demandes d’interview formulées par l’intermédiaire de sa famille et de ses collaborateurs.

Cinq descendants de M. de Laborde ont expliqué ne pas se sentir responsables des actes de leur ancêtre, y compris Mme Balsan qui s’est toutefois dite favorable aux demandes de restitution, les estimant “justifiées” au regard des dommages subis par Haïti. M. Baudon de Mony-Pajol, son cousin, est de l’avis inverse. La France n’a pas à faire preuve de repentance, estime-t-il, ni à accéder à des demandes issues selon lui d’une “culture woke” venue des États-Unis.

Romée de Villeneuve Bargemont, un autre descendant de M. de Laborde, âgé de 22 ans, regrette lui de ne pas avoir appris cette histoire à l’école. Une biographie familiale de dix volumes traîne dans un carton de son appartement parisien. L’histoire des indemnités y occupe à peine quelques lignes.

“La politique de la France depuis longtemps en matière d’histoire ça a toujours été plus ou moins l’oubli”, souligne-t-il.

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“Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons”, déclare François Hollande en 2015. Il précisera plus tard qu’il ne faisait référence qu’à une “dette morale”.
“Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons”, déclare François Hollande en 2015. Il précisera plus tard qu’il ne faisait référence qu’à une “dette morale”.Credit...Francois Mori/Associated Press

Une douloureuse remise en question
Les paiements d’Haïti à ses anciens esclavagistes se sont accumulés pendant des générations, transitant en large partie par la Caisse des Dépôts et Consignations, une banque publique française, et coûtant à l’économie du pays des milliards de dollars sur le long terme, selon les estimations du New York Times.

En 2010, au lendemain du tremblement de terre qui a dévasté Haïti, la Caisse des Dépôts contacte Didier Le Bret, l’ambassadeur français alors en poste à Port-au-Prince, pour lui signifier sa volonté d’aider — et, au moins en partie, de se racheter. La banque envoie un don de 370 000 euros à Haïti.

Un porte-parole de la Caisse des Dépôts a indiqué que ce don s’inscrivait simplement dans sa politique d’aide aux pays frappés par des catastrophes humanitaires. Mais Augustin de Romanet, le directeur de la banque en 2010, a reconnu lors d’une interview une autre motivation: “On avait vis-à-vis d’Haïti probablement des choses utiles à faire au regard de ce qu’il s’était passé dans l’histoire”, a-t-il expliqué.

Le geste discret de la banque, aussi limité soit-il, témoigne d’un phénomène plus large. Jean-Bertrand Aristide a beau avoir quitté le pouvoir en 2004, sa campagne a résonné en France, contraignant le pays à une lente et pénible remise en question.

Ces dernières années, de célèbres intellectuels ont pris la parole en faveur de la restitution et de plus en plus de chercheurs se sont penchés sur les aspects économiques et juridiques des réparations. L’année dernière, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a publié une base de données détaillant les indemnités versées aux esclavagistes français, notamment par Haïti.

Il y a vingt ans, Myriam Cottias, l’historienne qui a coordonné le travail du CNRS, était membre de la commission française qui a rejeté la demande de restitution. Elle reconnaît que son opinion a changé et que ce sujet mérite d’être discuté.

“Le débat, oui, il doit être posé”, explique-t-elle.

Les autorités françaises ont, parfois, fait preuve de bonne volonté pour aborder ce passé. À la mi-décembre, le ministère français de l’économie a accueilli, pour la première fois, un colloque international sur l’économie de l’esclavage. Certaines des conférences portaient spécifiquement sur les indemnités versées par Haïti.

Mais le débat sur ce sujet a aussi donné lieu à de véritables exercices de rhétorique.

En 2015, lors d’un discours prononcé en Guadeloupe, François Hollande semble frapper un grand coup. Il reconnaît alors que les paiements versés par Haïti peuvent être considérés comme “la rançon de l’indépendance”.

Et il fait une promesse : “Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons”.

La foule devant lui, qui compte des chefs d’État africains et le président haitien du moment, se lève alors d’un bloc pour l’applaudir.

“Les gens pleuraient”, se souvient Michaëlle Jean, ancienne secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, présente lors du discours. “C’était immense.”

Mais quelques heures plus tard, les conseillers de François Hollande apportent une précision d’importance. Le président, expliquent-ils, évoquait seulement une “dette morale” envers Haïti, et non une dette financière. Les autorités françaises ont indiqué que la position de la France restait la même aujourd’hui. (M. Hollande a refusé tout commentaire pour cet article).

La position délicate de la France à l’égard d’Haiti reflète une hésitation persistante, voire un malaise, sur la manière d’aborder son passé colonial et esclavagiste dans le pays. Ainsi, en 2016, l’Assemblée nationale abroge symboliquement l’ordonnance de 1825 imposant l’indemnisation des anciens esclavagistes français. Mais cette abrogation, ajoute-t-elle, ne prétend pas “à une quelconque réparation financière”.

De son côté, Christiane Taubira, ministre de la justice sous la présidence Hollande, est catégorique : “On ne peut pas, objectivement, présenter le moindre argument qui prétend qu’on ne doit rien à Haïti”, affirme-t-elle lors d’une interview.

Avec le recul, Jean-Bertrand Aristide dit trouver un motif de satisfaction à sa campagne pour la restitution. Elle aura au moins eu le mérite de pousser la France à reconnaître son passé.

“Si je n’avais pas posé la question en 2003, François Hollande n’aurait probablement pas reconnu la dette en 2015”, avance-t-il.

“C’était une étape”, dit-il. “Ce n’est pas terminé.”

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Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an Empty
MessageSujet: Dette-REPARATIONS   Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an EmptyDim 22 Mai 2022 - 7:57

Lan seri ATIK li yo ;NEWYORK TIMES di ke ARISTIDE te mande 22 mande 20 MILYA DOLA pou dedomajman RANSON ENDEPANDANS lan.
NEW YORK TIMES di ke ARISTIDE te dwe mande petet 100 MILYA DOLA;paske se DOMAJ ke RANSON sa a koute AYITI;apre LENDEPANDANS silvouple.
Se tankou NEW YORK TIMES antreprann yon KANPAY pou REYABILITE ARISTIDE ak bon jan DOKIMAN ,bon jan BET.
E se NEW YORK TIMES;mwen pa konnen si GOUVENMAN FRANSE an gen RESOUS pou fe KONPETISYON ak NEW YORK TIMES.

https://www.nytimes.com.fr/2022/05/20/world/haiti-france-dette-reparations.html

En 1791, les esclaves haïtiens réussissent l’impensable.Ils chassent les colons français et fondent un nouveau pays.

En 1791, les esclaves haïtiens réussissent l’impensable.Ils chassent les colons français et fondent un nouveau pays.
Universal Images Group, via Getty Images
La France fera payer cet affront à leurs descendants — en espèces.

La France fera payer cet affront à leurs descendants — en espèces.
Bettmann Archive, via Getty Images
Le montant payé est resté un mystère, jusqu'à aujourd'hui.Pour trouver la réponse, le Times a parcouru des archives centenaires.

Federico Rios for The New York Times
LA RANÇON
À la racine des malheurs d’Haïti:des réparations aux esclavagistes
À la racine des malheurs d’Haïti:des réparations aux esclavagistes
Li an Kreyòl Read in English
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Catherine PorterConstant MéheutMatt ApuzzoSelam Gebrekidan
By Catherine Porter, Constant Méheut, Matt Apuzzo and Selam Gebrekidan
Published May 20, 2022
Updated May 21, 2022
Read in EnglishLi an Kreyòl
DONDON Haïti — Adrienne Present s’avance dans la forêt clairsemée près de chez elle pour y cueillir les premières cerises de café de la saison : des billes rouge vif chatoient au creux de ses mains.

La récolte a commencé.

Tous les matins, alors qu’il fait encore nuit, elle allume un feu de charbon à même le sol de sa maison. L’électricité n’est jamais arrivée jusqu’à Dondon, la commune au nord d’Haïti où elle vit.

Adrienne Present remplit une casserole avec de l’eau qu’elle a puisée au point le plus proche, une source de montagne qui jaillit dans le champ d’un paysan. Elle y jette du café qu’elle a séché, tamisé, torréfié et moulu dans un grand mortier, le pilon, comme elle a appris à le faire petite.

ImageAdrienne Present prépare son café au petit matin chez elle, à Dondon, Haïti
Adrienne Present prépare son café au petit matin chez elle, à Dondon, HaïtiCredit...Federico Rios pour The New York Times

Le café est au cœur de la vie en Haïti depuis près de trois siècles, quand les esclaves ont défriché des montagnes pour faire place aux premiers caféiers. La colonie, qui s’appelait alors Saint-Domingue, est devenue le premier fournisseur en café et en sucre des cuisines de Paris et des cafés de Hambourg, générant des fortunes exceptionnelles pour un grand nombre de familles françaises. De l’avis de beaucoup d’historiens, c’était aussi la colonie la plus violente du monde.

Les ancêtres d’Adrienne Present ont mis fin à cette situation en 1791 par la première révolte d’esclaves victorieuse du monde moderne. Elle aboutit en 1804 à la création d’une nation nouvelle et indépendante, plusieurs décennies avant que la Grande-Bretagne n’abolisse l’esclavage ou que la guerre de Sécession n’éclate en Amérique.

Après l’indépendance du pays, plusieurs générations de Haïtiens ont pourtant été contraints d’indemniser les héritiers de leurs anciens maîtres esclavagistes. Parmi celles-ci: l’impératrice du Brésil, le gendre du tsar russe Nicolas Ier, le dernier chancelier impérial d’Allemagne, et le général Gaston de Galliffet, surnommé le “massacreur de la Commune” après sa répression sanglante de l’insurrection parisienne de 1871.

Ce fardeau a pesé sur Haïti jusque dans le courant du 20ème siècle. Les richesses que les ancêtres d’Adrienne Present tiraient de la terre ont généré d’immenses profits pour le Crédit Industriel et Commercial, ou CIC, une banque qui a co-financé la tour Eiffel, et pour ses investisseurs. Depuis Paris, ils ont eu, pendant des décennies, la mainmise sur les finances haïtiennes. Le CIC fait aujourd’hui partie de l’un des plus importants conglomérats financiers d’Europe.

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Le principal bénéficiaire du prêt à Haïti de 1875 est le Crédit Industriel et Commercial, une banque qui participé au financement de la tour Eiffel.
Le principal bénéficiaire du prêt à Haïti de 1875 est le Crédit Industriel et Commercial, une banque qui participé au financement de la tour Eiffel.Credit...Agence France-Presse — Getty Images

Wall Street, elle aussi, a convoité les richesses d’Haïti, et elles ont assuré de très confortables à la banque qui deviendra Citigroup. Supplantant l’influence française, celle-ci encouragea l’invasion américaine d’Haïti, qui sera l’une des plus longues occupations militaires de l’histoire des États-Unis.

La plupart des cultivateurs de café dans la région où vit Adrienne Present n’ont toujours pas d’eau courante ni de fosse septique. Ils se contentent encore de toilettes extérieures rudimentaires et préparent leur diri ak pwa — riz et haricots — sur des feux de camp. Ils livrent leurs récoltes de café à dos de chevaux émaciés équipés de selles en feuilles de palmier et de rênes en corde. À moins qu’ils ne les portent sur la tête, pieds-nus pour parcourir de longs kilomètres de pistes de terre.

Beaucoup d’Haïtiens ne savent pas lire, dont Jean Pierrelus Valcin, le mari d’Adrienne Present. Ils n’ont jamais été “assis sur un banc d’école”, comme on dit en créole. Les six enfants du couple n’ont pas pu finir leur scolarité car les frais sont trop élevés. À Haïti, l’enseignement est essentiellement privé, le pays n’ayant que de peu d’écoles publiques.

“Ici il n’y a rien”, soupire M.Valcin, qui perd la vue mais n’a pas les moyens de consulter un ophtalmologue. “Nos enfants sont obligés de quitter le pays pour trouver du travail.”

Il utilise un terme courant en Haïti — mizè. Davantage que la pauvreté : la misère.

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Cap-Haïtien. La “double dette” d’Haiti, c’est-à dire la ranson et l’emprunt pour la payer, a précipité le pays sur la voie de la pauvreté et du sous-développement.
Cap-Haïtien. La “double dette” d’Haiti, c’est-à dire la ranson et l’emprunt pour la payer, a précipité le pays sur la voie de la pauvreté et du sous-développement.Credit...Federico Rios pour The New York Times

Violence. Tragédies. Faim. Sous-développement. Voilà plus d’un siècle que ces mots collent à Haïti. Enlèvements. Épidémies. Tremblements de terre. Assassinat du président — dans sa chambre, pour cette fois.

Comment se fait-il, alors, que le pays voisin d’Haïti, la République Dominicaine sur la même île, ait un métro, un système de santé subventionné, des écoles publiques, des stations balnéaires bondées et de longues périodes de croissance économique ?

La corruption, voilà l’explication la plus fréquente, non sans raison: les dirigeants haïtiens ont toujours fait main basse sur les richesses du pays. Il arrive d’entendre des élus parler ouvertement à la radio des pots-de-vin qu’ils touchent, et nombre d’oligarques bénéficient de monopoles lucratifs et échappent à l’impôt. D’après Transparency International, Haïti compte parmi les pays les plus corrompus au monde.

Mais c’est sans tenir compte d’une autre histoire, celle-là rarement enseignée ou même reconnue. Haïti, le premier pays dont les esclaves se sont affranchis par eux-mêmes pour fonder leur propre nation, a été forcé de payer une nouvelle fois pour sa liberté — en espèces, cette fois.

ar les héros révolutionnaires haïtiens et leur serment de mourir plutôt que retomber sous la coupe de la France, des navires de guerre français surgissent au large d’Haïti.

Vingt-et-un an après la proclamation de leur indépendance par les héros révolutionnaires haïtiens et leur serment de mourir plutôt que retomber sous la coupe de la France, des navires de guerre français surgissent au large d’Haïti.
À bord, 500 canons et l’envoyé du roi, le baron de Mackau, porteur d’un ultimatum redoutable:

À bord, 500 canons et l’envoyé du roi, le baron de Mackau, porteur d’un ultimatum redoutable:
Si vous ne payez pas cette somme faramineuse, ce sera de nouveau la guerre.

Si vous ne payez pas cette somme faramineuse, ce sera de nouveau la guerre.
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Le baron de Mackau.
Le baron de Mackau.
Credit...Cannaday Chapman

Les Haïtiens ont de quoi prendre ces menaces au sérieux. Vingt ans plus tôt, Napoléon a déjà tenté de les soumettre en leur dépêchant l’une des plus importantes flottes militaires jamais rassemblées par la France, placée sous les ordres de son propre beau-frère. Les Haïtiens ont remporté la victoire et proclamé leur indépendance. Napoléon, qui aura perdu là davantage d’hommes qu’à Waterloo, a fini par rappeler ses troupes.

Mais les riches colons français impatients de récupérer leurs terres ne baissent pas les bras, et finissent par trouver oreille attentive au retour des Bourbons. Un ministre de la Marine, ancien colon et ardent défenseur de l’esclavage, va jusqu’à deviser un nouveau plan visant à remettre les Haïtiens en esclavage ou à les “exterminer” au moyen d’une armée de taille encore supérieure.

Haïti n’a aucun allié sur qui compter. Par leur refus de reconnaître son indépendance, les puissances mondiales l’ont mis au ban des nations. Les législateurs américains, tout particulièrement, redoutent que leurs propres esclaves ne s’inspirent de l’exemple haïtien et ne se révoltent.

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En 1802, l’attaque d’Haïti par les troupes de Napoléon.
En 1802, l’attaque d’Haïti par les troupes de Napoléon.Credit...Gamma-Rapho, via Getty Images

Le président haïtien cède alors aux exigences de la France, espérant qu’une reconnaissance internationale assurerait au pays prospérité commerciale et sécurité. Avec cela, Haïti devient le premier et le seul pays à voir plusieurs générations de descendants d’esclaves verser des réparations financières aux héritiers de leurs anciens maîtres.

C’est ce qu’on appelle souvent “la dette de l’indépendance”. L’appellation est cependant trompeuse. C’était une rançon.

La somme était exorbitante au regard des maigres moyens d’Haïti. À lui seul, le premier paiement, en 1825, représentait six fois les revenus du gouvernement cette année-là, selon les reçus officiels consultés par Beaubrun Ardouin, un historien haïtien du 19ème siècle.

Tout cela était intentionnel et faisait partie d’un plan. Car le roi de France avait confié au baron de Mackau une seconde mission : veiller à ce que l’ancienne colonie emprunte à des banques françaises pour s’acquitter de ses paiements.

C’est ce qu’on appelle la “double dette” d’Haïti — l’indemnité et l’emprunt contracté pour la payer. Colossale, elle a stimulé la croissance du tout jeune système bancaire international sur la place de Paris et précipité Haïti sur la voie de la pauvreté et du sous-développement. D’après Beaubrun Ardouin, à elles seules, les commissions des banquiers cette année-là dépassent l’ensemble des recettes du gouvernement haïtien.

Et ce n’est qu’un commencement. La double dette contribuera à happer Haïti dans une spirale d’endettement qui l’affaiblira pendant plus de 100 ans, siphonnera une grande partie de ses revenus et grèvera sa capacité à se doter d'institutions et d’infrastructures essentielles à toute nation indépendante. Des générations après que les esclaves se sont rebellés pour créer la première nation Noire libre des Amériques, leurs descendants seront forcés de travailler pour un salaire dérisoire, voire inexistant, au bénéfice de tiers : d’abord les Français, puis les Américains, et enfin leurs propres dictateurs.

Deux siècles plus tard, l’écho des salves des canons français à Port-au-Prince marquant l’accord sur la dette résonne toujours. Il n’y a qu’à voir les bidonvilles, les hôpitaux dépourvus de tout, les routes défoncées et les estomacs vides, jusque dans ces campagnes jadis parmi les plus lucratives et fécondes du monde.

“C’était un pays pauvre que 300 ans d’exploitation ont encore appauvri”, déplore Cedieu Joseph, sa voix se mêlant au chant des cigales sur sa parcelle de café à Dondon, non loin de celle d’Adrienne Present. Il gère une coopérative de café qui porte le nom d’un héros local de la révolution et compare la dette de l’indépendance à un fouet brandi par la France pour punir son ancienne colonie d’avoir désiré, et gagné, sa liberté.

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Des cultivateurs de café trient leur récolte à la coopérative Vincent Ogé de Dondon.
Des cultivateurs de café trient leur récolte à la coopérative Vincent Ogé de Dondon.Credit...Federico Rios pour The New York Times

“Les esclaves se sont battus pour notre indépendance”, rappelle-t-il. “Les faire payer pour cette indépendance, c’était créer un nouveau type d’esclavage.”

Entre-temps, la double dette est tombée dans les oubliettes de l’histoire. La France n’a toujours fait que la minimiser, la déformer, si ce n’est la gommer des mémoires. Seule une poignée d’universitaires l’a étudiée dans le détail. Aucun calcul approfondi n’a été tenté, d’après les historiens, de ce que les Haïtiens ont effectivement payé. Les Haïtiens eux-mêmes ne s’accordent toujours pas sur les effets à long terme de la dette sur l’économie, le développement et le destin politique du pays.

The New York Times s’est plongé pendant plusieurs mois dans des milliers de pages d’archives gouvernementales, certaines anciennes de plusieurs siècles et qui n’ont sans doute jamais été étudiées par des historiens. Nous avons fouillé dans des bibliothèques et des archives en Haïti, en France et aux États-Unis pour mieux comprendre la double dette et ses effets financiers et politiques sur Haïti.

Dans une démarche qualifiée de première par des historiens, nous avons calculé les sommes effectivement versées par les Haïtiens aux héritiers de leurs anciens maîtres, aux banques et aux investisseurs français détenteurs du premier prêt ayant servi à financer l’indemnité. Ont été pris en compte non seulement les remboursements de la dette par le gouvernement, mais aussi les intérêts et les pénalités de retard appliqués au fil des décennies.


D’après nos calculs, Haïti a déboursé environ 560 millions de dollars en valeur actualisée. Et cette somme est loin de correspondre au déficit économique réel subi par le pays. Si elle avait été injectée dans l’économie haïtienne et avait pu y fructifier ces deux derniers siècles au rythme actuel de croissance du pays — au lieu d’être expédiée en France sans biens ni services en retour — elle aurait à terme rapporté à Haïti 21 milliards de dollars. Et cela même en tenant compte de la corruption et du gaspillage notoires dans le pays.

À titre d’échelle, c’est bien davantage que le produit intérieur brut d’Haïti en 2020.

Nous avons partagé nos conclusions et notre analyse avec 15 économistes et historiens de renom, spécialistes des économies en développement et des effets des dettes publiques sur la croissance. Tous à l’exception d’un seul ont validé notre estimation de 21 milliards de dollars, ou déclaré qu’elle se situait dans la fourchette des possibles, ou encore l’ont jugée trop prudente. Certains ont proposé des modélisations alternatives, dont la plupart aboutissent à des pertes encore plus importantes à long terme pour Haïti.

La raison en est simple : si cet argent n’avait pas été envoyé aux anciens esclavagistes, il ne serait pas resté entre les mains de cultivateurs de café, de blanchisseuses, de maçons ou de tout autre à l’avoir gagné par le travail. Au contraire, il aurait circulé dans les commerces, il aurait servi à payer des frais de scolarité et de santé. Il aurait contribué à soutenir des entreprises déjà existantes et à en créer de nouvelles. L’État en aurait capté une partie, peut-être pour construire ponts, égouts et autres canalisations.

Toutes ces dépenses rapportent au fil du temps car elles font croître l’économie d’un pays. Il est impossible de savoir avec certitude la tournure qu’aurait prise l’économie haïtienne, et compte tenu des fréquentes pratiques de corruption des dirigeants, certains historiens estiment que les besoins des paysans pauvres, comme ceux de Dondon par exemple, n’auraient de toute manière jamais été prioritaires.

Mais d’autres assurent que, sans le fardeau de la double dette, Haïti aurait pu se développer au même rythme que ses voisins d’Amérique Latine. “Il n’y a aucune raison pour qu’un Haïti libéré du fardeau français n’ait pas pu le faire”, soutient l’historien des finances Victor Bulmer-Thomas, spécialistes des économies de la région. André A. Hofman, expert du développement de l’Amérique Latine, estime le scénario “très raisonnable”, lui aussi.

Si l’on prend cette hypothèse, le manque à gagner pour Haïti est stupéfiant, de l’ordre de 115 milliards de dollars, soit huit fois la taille de son économie en 2020.

En d’autres termes, et d’après l’étude récente d’une équipe internationale d’universitaires, si Haïti n’avait pas eu à indemniser ses anciens maîtres, son revenu par habitant en 2018 aurait été près de six fois plus élevé — et comparable à celui de la République Dominicaine voisine.

Pour ces universitaires, le fardeau imposé à Haïti est “sans doute la dette souveraine la plus odieuse de tous les temps”.


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Au 18ème siècle, il y avait à Dion une plantation française de café exploitée entièrement par des Haïtiens asservis.
Au 18ème siècle, il y avait à Dion une plantation française de café exploitée entièrement par des Haïtiens asservis.Credit...Federico Rios pour The New York Times

The New York Times n’a calculé que l’impact économique de la double dette — les réparations aux colons et le prêt initial contracté pour les financer. Les problèmes d’Haïti sont allés bien au-delà.

La dette a engendré une cascade de privations, de déficits budgétaires et d’emprunts extérieurs ruineux qui ont affecté Haïti jusqu’au-delà du 20ème siècle.

En 1888, quand le pays boucle enfin son dernier paiement lié aux anciens esclavagistes, la dette est loin d’être réglée. Pour s’en acquitter, Haïti a emprunté à d’autres créanciers étrangers. Ces derniers, de mèche avec des fonctionnaires haïtiens cupides et indifférents aux souffrances de leur peuple, ponctionneront au fil des décennies une part importante des revenus du pays.

Déjà exangue d’avoir payé la France depuis des décennies, Haïti multiplie les emprunts. En 1911, sur 3 dollars perçus via l’impôt sur le café, principale source de revenus du pays, 2,53 dollars servent à rembourser la dette aux mains d’investisseurs français, d’après les estimations des historiens haïtiens Gusti-Klara Gaillard et Alain Turnier. Leurs calculs concordent avec des livres de comptes conservés au Centre des Archives diplomatiques françaises à La Courneuve, en banlieue parisienne.

La somme restante ne permet guère de gouverner le pays, encore moins de le bâtir.

Sous l’occupation américaine qui débute 1915, il arrive certaines années que le budget serve davantage à payer les salaires et les frais des Américains qui contrôlent les finances haïtiennes qu’à fournir des soins de santé à l’ensemble de la nation, qui compte environ deux millions d’habitants.

La levée de la mainmise fiscale américaine à la fin des années 1940 ne change rien à la donne. Les paysans haïtiens survivent dans un état “souvent proche du seuil de famine”, selon un rapport des Nations Unies de l’époque. À peine plus d’un enfant sur six est scolarisé.

Le pays croule toujours sous les dettes. Dans les années 1940, on demande aux enfants qui ont la chance d’aller à l’école d’apporter quelques sous en classe pour aider au remboursement de l’avalanche d’emprunts qui accable le pays depuis sa création.

En France, cette histoire est passé sous silence. Les programmes scolaires français ne font pas mention des réparations que des générations d’Haïtiens ont été forcés de payer à leurs anciens maîtres, constatent les chercheurs. Alors quand un dirigeant de Haïti évoque la question à grand bruit, le gouvernement français prend l’affaire de haut et tente d’étouffer la polémique.

Jean-Bertrand Aristide est un ancien prêtre et le premier président démocratiquement élu après une longue dictature. En 2003, à grands renforts de publicités télévisées et de banderoles dans les rues, il exige que la France rembourse les sommes extorquées et charge une équipe de juristes de réunir de quoi initier une procédure judiciaire internationale. Le gouvernement français réplique en nommant une commission publique chargée d’examiner les relations entre les deux pays. En coulisses, la commission a toutefois pour instruction de “ne pas dire un mot allant dans le sens de la restitution”, affirme Thierry Burkard, l’ambassadeur de France en Haïti à l’époque, lors d’un entretien avec The New York Times.


Aux yeux de la commission, les exigences de M. Aristide sont des manœuvres de démagogue. Dans son rapport publié en janvier 2004, la dette de l’indépendance était un simple “traité” conclu entre Haïti et la France — la présence d’une armada de guerre au large d’Haïti pour l’imposer de force n’est mentionnée qu’en annexe.

Un mois plus tard, le gouvernement français contribuera à évincer Jean-Bertrand Aristide du pouvoir sous prétexte d’éviter que les troubles politiques secouant Haïti ne dégénèrent en guerre civile. La France a longtemps nié tout lien entre le départ du président haïtien et sa demande de restitution. M. Burkard, pourtant, le reconnaît : “C’est probablement ça aussi un peu”.

La demande, ajoute-t-il, “aurait été un précédent pour 36 autres réclamations”.

La question de la restitition ne disparaît pas avec le départ de Jean-Bertrand Aristide. En mai 2015, lors de l’inauguration d’un centre mémoriel sur la traite et l’esclavage en Guadeloupe, le président François Hollande sidère son public en qualifiant le tribut versé par Haïti de “rançon de l’indépendance”.

“Quand je viendrai en Haïti", promet-il, “j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons.”

Le public, parmi eux le président haïtien de l’époque, se lève comme un seul homme et l’applaudit avec ferveur.

“Les gens pleuraient, les chefs d’État africains pleuraient”, se rappelle Michaëlle Jean, ancienne secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, d’origine haïtienne, et qui assistait à l’événement. “C’était immense.”

Mais l’enthousiasme est de courte durée.

Quelques heures plus tard, l’entourage du président Hollande précise aux agences de presse que ce dernier parlait d’une “dette morale” de la France envers Haïti — et non d’une quelconque indemnisation financière. La position de la France n’a pas bougé depuis.

“La France doit regarder son histoire en face”, reconnaît le ministère des Affaires Étrangères au New York Times, ajoutant l’expression de sa “solidarité” à Haïti. La France n’a néanmoins pas calculé le montant des sommes reçues d’Haïti au fil des générations.

“C’est le travail des historiens”, estime le ministère.

Les paiements haïtiens aux anciens colons n’étaient censés bénéficier qu’à des propriétaires individuels, non au gouvernement français. L’État en touchera pourtant sa part. D’après des documents officiels de la fin des années 1900 retrouvés par The New York Times, près de 2 millions de francs versés par les descendants d’esclaves — environ 8,5 millions de dollars — ont rejoint les caisses de l’État français. (La direction générale du Trésor se refuse à tout commentaire, affirmant que ses archives ne remontent qu’à 1919.)

Les descendants de familles qui ont touché ces réparations font encore partie, pour certains, du gotha européen ou de l’aristocratie française. Parmi eux, on trouve Maximilien Margrave de Baden, cousin germain du prince Charles ; Ernest-Antoine Seillière de Laborde, ancien président du Medef ; ou encore Michel de Ligne, un prince belge dont les ancêtres, proches de Catherine II de Russie, firent construire le “Versailles belge”, où des centaines d’enfants Juifs ont été cachés pendant l’Holocaust.

The New York Times a retrouvé et interrogé plus de 30 descendants de familles ayant bénéficié de paiements liés à la dette de l’indépendance haïtienne. La plupart déclarent tomber des nues.

“C’est une partie de l’histoire de ma famille que je ne connaissais pas”, s’étonne Nicolas Herzog von Leuchtenberg — duc de Leuchtenberg et descendant au sixième degré de Joséphine de Beauharnais, la première femme de Napoléon — lors d’une interview téléphonique depuis l’Allemagne.

Le poids de la dette n’a pas pesé de manière égale sur tous les Haïtiens. La petite élite du pays, qui vit aujourd’hui dans des résidences protégées quand elle n’est pas en vacances à Paris ou à Miami, a été très peu affectée. Ce sont les plus pauvres qui ont payé le prix fort — et qui continuent de le faire, beaucoup soulignent, puisque le pays a toujours manqué d’écoles, d’eau potable, d’électricité et autres services de base.

“Aujourd’hui encore, nous souffrons des conséquences de la dette”, constate Francis Saint-Hubert, un médecin qui enseigne à l’École de médecine de la Fondation Aristide pour la Démocratie en Haïti, et qui a participé à la campagne de Jean-Bertrand Aristide pour la restitution. Lors d’une visite récente à un hôpital public, il a trouvé les armoires vides des fournitures les plus élémentaires. Aucun tensiomètre. Aucun thermomètre.

“Nous continuons à payer”, déplore-t-il, “et parfois de nos vies.”


Les documents que the New York Times a consultés permettent de comprendre la genèse de cette dette et son impact au fil de l’histoire. Certains remontent aux années précédant la naissance de la nation haïtienne.

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Les ruines de la plantation de café de Dion, dans la chaîne de montagnes des Matheux, au nord-ouest de Port-au-Prince.
Les ruines de la plantation de café de Dion, dans la chaîne de montagnes des Matheux, au nord-ouest de Port-au-Prince. Credit...Federico Rios pour The New York Times

La colonie la plus lucrative du monde
Au temps de l’esclavage, la prospérité de Saint-Domingue est telle que Cap-Français, sa ville la plus grande et la plus importante, est surnommée le “Paris des Antilles”. Librairies, cafés, jardins, places publiques élégantes et fontaines bouillonnantes y abondent. La Comédie du Cap, d’une capacité de 1500 spectateurs, accueille 200 spectacles par an, beaucoup en provenance directe de Paris, ainsi qu’un grand nombre de bals. L’historien John Garrigus raconte que les maisons de Cap-Français — avec leurs toits d’ardoise caractéristiques, leurs murs et leurs cours blanchis à la chaux — se louaient quatre fois plus cher que des appartements de rez-de-chaussée au centre de Paris. Le port de la ville, aujourd’hui envahi d’ordures, était à tout moment encombré de navires prêts pour la traversée de l’océan.

L’essor de ce territoire montagneux, niché dans la partie occidentale de l’île d’Hispaniola et colonisé bien après les autres îles caribéennes, a été fulgurant. Moins d’un siècle après sa colonisation par la France, Saint-Domingue devient le premier fournisseur de sucre de l’Europe. À la fin des années 1730 apparaissent les premières plantations de café, sur les flancs des montagnes de Dondon où travaille aujourd’hui Adrienne Present.

Dès fin des années 1780, la colonie de Saint-Domingue aura capté à elle seule 40 % de l’ensemble du commerce transatlantique d’esclaves. Les Africains arrachés de chez eux succombent en grand nombre quelques années après leur traversée dans les cales putrides et surpeuplées des navires négriers, puis leur marquage au fer du nom ou des initiales de leurs nouveaux maîtres.

Ceux qui survivent constituent la proportion stupéfiante de 90 % de la population de la colonie. Ils sont écrasés par la faim, l’épuisement et des châtiments publics d’une extrême brutalité. Les supplices ont lieu sur l’une ou l’autre des élégantes places de l’île, et les colons s’y pressent en foule voir les esclaves brûler vifs ou être écartelés, membre par membre, sur une roue.

Ces châtiments sadiques sont si courantes, notent les historiens, qu’il acquièrent des surnoms : “le quatre-piquets”, “le hamac” ou encore “l’échelle”. Il existe même une technique consistant à bourrer l’esclave de poudre à canon avant de le faire exploser comme un boulet. On lui “brûlait un peu de poudre au cul”, précise l’historien Pierre de Vaissière, citant une lettre de colon datée de 1736.

“Ô terre de mon pays ! en est-il une sur le globe qui ait été plus imbibée de sang humain ?”, écrit le baron de Vastey, un officier haïtien affecté au nord du pays, dans un livre publié en 1814, “Le Système colonial dévoilé”.

“À la honte de la France, pas un seul de ces monstres n’a subi la peine due à ses forfaits”, s’insurge-t-il, désignant les propriétaires et les régisseurs de plantation par leurs noms.

Dans les années 1780, la France renforce sa législation interdisant aux maîtres de mutiler ou de tuer leurs esclaves, signe du degré de cruauté qu’avaient atteint planteurs. Quelques années plus tard, 14 esclaves d’une plantation de café isolée entreprennent un long voyage jusqu’au Palais de Justice de Cap-Français pour prendre la mesure de ces nouvelles lois. Leur maître, un riche colon nommé Nicolas Lejeune, a fait torturer deux femmes que les enquêteurs retrouveront enchaînées, les jambes noircies de brûlures. Elles décèderont peu après. Lejeune, lui, sera acquitté.

Dans une lettre au procureur, Lejeune affirme que la seule chose qui “empêche le Nègre de poignarder son maître, c’est le sentiment du pouvoir absolu qu’il [le maître] a sur sa personne”, rapporte l’historien Malick Ghachem. “Ôtez-lui ce frein, il osera tout.”

Trois ans plus tard, par un soir d’août, les esclaves de Saint-Domingue se révoltent et déclenchent ce que les historiens nomment la plus grande insurrection d’esclaves de l’histoire.

On sait peu de choses sur les premiers jours de l’insurrection. Un esclave avouera, sans doute sous la torture, qu’il a pris part à une réunion clandestine dans les bois avec 200 autres venus du nord de la colonie. Plus tard, lors d’une cérémonie, les insurgés feront le serment d’éliminer l’oppresseur et les instruments de leur asservissement.

Toutes les armes possibles sont mises à bon usage et de nouvelles sont façonnées. La plus efficace est la mise à feu des champs et des bâtiments des plantations de canne à sucre. Un chirurgien français décrit le nuage de fumée noire qui envahit Cap-Français, si dense qu’après le coucher du soleil, le ciel luit comme une aurore boréale.

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Un gravure dépeignant les plantations en feu autour de Cap-Français en 1791 pendant la révolution haïtienne.
Un gravure dépeignant les plantations en feu autour de Cap-Français en 1791 pendant la révolution haïtienne.Credit...Universal Images Group, via Getty Images

En l’espace de deux semaines, toutes les plantations dans un rayon de 80 kilomètres de la capitale sont réduites en cendres et les rebelles, la plupart en haillons, quelques centaines à cheval, se sont répartis en trois armées. Un chef rebelle devient tristement célèbre en répliquant les châtiments cruels des propriétaires d’esclaves, accablant les colons de coups de fouets et leur coupant les mains.

Deux ans après le début de l’insurrection, les commissaires français de la colonie proclament que tous les asservis sont désormais libres et citoyens français. La décision se veut pragmatique : les recrues manquent pour défendre la colonie contre les attaques de la Grande-Bretagne, ou de l’Espagne qui contrôle la partie orientale de l’île d’Hispaniola. La décision est aussi d’ordre idéologique, notent les historiens, puisqu’elle reflète les idéaux révolutionnaires qui submergeaient la France au même moment.

En 1794, après l’exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le gouvernement révolutionnaire abolit l’esclavage non seulement à Saint-Domingue mais dans l’ensemble des colonies françaises. Pour l’historien Laurent Dubois, c’est le bouleversement le plus radical issu de la Révolution française. Avec toutefois une nuance : pour les esclaves de Saint-Domingue, “ce n’était que la fin du début d’une longue lutte pour la liberté.”

Napoléon, qui a pris le pouvoir en 1799, a des vues bien différentes sur l’esclavage. Dès décembre 1801, il dépêche à Saint-Domingue une armada de quelque 50 vaisseaux pour y réimposer l’empire colonial français. “Défaites-nous de ces Africains dorés”, ordonne-t-il au commandant de la flotte, son beau-frère. Il rétablit la traite négrière dans les autres colonies françaises et prévoit qu’il faudra trois mois pour soumettre les Haïtiens.

Au lieu de cela, près de 50 000 soldats, marins et colons français trouveront la mort sur l’île, selon l’historien Philippe Girard. Deux ans après leur arrivée, le peu qu’il reste des troupes napoléoniennes lève l’ancre depuis le port calciné de Cap-Français, qui sera rebaptisé Cap-Haïtien.

Du Brésil à la Caroline du Sud, la proclamation de son indépendance par Haïti — du nom indigène repris par les insurgés — fait souffler un vent d’espoir parmi toutes les populations asservies, note l’historien Julius S. Scott.

Mais pour leurs maîtres, c’est un redoutable précédent.

“La paix de 11 États de notre union ne saurait tolérer qu’une insurrection victorieuse de Nègres porte ses fruits”, tonnera Thomas Benton, sénateur américain du Missouri, devant ses collègues parlementaires au Congrès. Et d’expliquer pourquoi il est hors de question que les États-Unis reconnaissent le nouvel état indépendant : “Il ne sera permis à aucun consul ni ambassadeur Noir de s’établir dans nos villes et de parader dans notre pays.”

Le sénateur de Géorgie John Berrien déclarera que toute relation officielle avec Haïti “entraînerait une contagion morale” à côté de laquelle la peste la plus noire apparaîtrait “inoffensive et insignifiante”.


L’ultimatum
Haïti savait que les Français reviendraient. Leur prémonition est encore scellée dans les hautes murailles de la Citadelle, la plus grande forteresse militaire des Caraïbes et sans doute le bâtiment le plus important d’Haïti, qui domine toujours les plantations de café de Dondon. Dressés sur un sommet verdoyant, les remparts gris, tachetés de lichen orangé, sont épais de 3 mètres et hauts de 40. On dirait la proue d’un navire immense prêt à fondre sur les frêles embarcations en contre-bas. Plus de 160 canons menacent depuis les meurtrières et les corniches.

La Citadelle a été érigée en 14 ans à peine dans les toutes premières années de l’indépendance, par 20 000 paysans réquisitionnés par le nouveau gouvernement haïtien. Elle est l’un des 30 forts édifiés sur ordre de Jean-Jacques Dessalines, le premier dirigeant d’Haïti, pour parer à un “éventuel retour offensif des Français”.

Ce retour finit par arriver, 21 ans après l’indépendance.

Le 3 juillet 1825, à midi, un navire de guerre français flanqué de deux autres vaisseaux fait son entrée dans le port de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

C’est Charles X, le nouveau roi de France, qui a dépêché les vaisseaux avec pour mission de faire appliquer l’ordonnance suivante : la France reconnaîtra l’indépendance de son ancienne colonie en échange de 150 millions de francs et d’une baisse énorme des taxes douanières sur les marchandises françaises.

Si le gouvernement haïtien refuse de ratifier l’ordonnance exactement telle qu’elle est rédigée, le baron Ange René Armand de Mackau a pour ordre de traiter Haïti “en ennemi de la France” et de mettre en place un blocus de ses ports. Dans le rapport rédigé de sa main , le baron écrit qu’il a pour instruction de lancer une opération militaire qui “ne pourra plus être arrêtée.”

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À la Citadelle, les boulets de canon empilés au 19ème siècle en prévention d’une invasion française redoutée.
À la Citadelle, les boulets de canon empilés au 19ème siècle en prévention d’une invasion française redoutée.Credit...Federico Rios pour The New York Times

“Je ne suis pas un négociateur”, prévient-il le président haïtien Jean-Pierre Boyer, toujours d’après son rapport publié cette année en France. “Je ne suis qu’un soldat.”

En amont de la côte, onze autres navires de guerre français patientent. Un général du président haïtien lui fait porter de toute urgence la nouvelle, alors qu’il est en pleins pourparlers, qu’un de ses hommes a repéré la flotte française.

L’idée de payer la France n’est pas nouvelle. Le président haïtien en 1814 l’avait déjà avancée pour éviter ce que beaucoup craignaient qu’il advienne d’un moment à l’autre : une nouvelle invasion française. Privé d’échanges commerciaux avec l’Hexagone, parfois même avec les États-Unis, Boyer lui-même avait envisagé un paiement en échange de la reconnaissance internationale d’Haïti.

Mais il s’était agi là de négociations diplomatiques. Désormais, un montant exorbitant est exigé sous peine de guerre. Les requêtes de la France sont “excessives” et “dépassent tous nos calculs”, s’insurge Boyer, d’après le rapport du baron.

Après trois jours de réunions, le président haïtien finit néanmoins par céder.

nce sur Haïti, mais aussi les intérêts de la classe dirigeante haïtienne”, explique-t-il.
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Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an Empty
MessageSujet: Re: Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an   Yon DOKIMAN NYTIMES sou RANSON ke FRANSE yo te ekzije AYITI peye an EmptyDim 22 Mai 2022 - 8:22

An pasan ;iltra reyaksyon ann AYITI an ,mande POU ANBASADE FRANSE ant 2003-2006 lan, pou misye feman DYOL li.
Misye ,lan sa l ap di ;gen mepri pou ansyen ELEV SAINT LOUIS DE GONZAGUE ak SAINTE ROSE DE LIMA.
BURKARD konsidere MOUN sa yo tankou "clowns";moun ki ap defann entere franse ki kont entere peyi an ;e an plis ap voye yon lang monte,lang FRANSE an ke preske peson ou byen yon "infime minorite" ann AYITI pale.

DEUXIEME PARTIE de "A LARACINE DES MALHEURS D'HAITI"

L’ultimatum
Haïti savait que les Français reviendraient. Leur prémonition est encore scellée dans les hautes murailles de la Citadelle, la plus grande forteresse militaire des Caraïbes et sans doute le bâtiment le plus important d’Haïti, qui domine toujours les plantations de café de Dondon. Dressés sur un sommet verdoyant, les remparts gris, tachetés de lichen orangé, sont épais de 3 mètres et hauts de 40. On dirait la proue d’un navire immense prêt à fondre sur les frêles embarcations en contre-bas. Plus de 160 canons menacent depuis les meurtrières et les corniches.

La Citadelle a été érigée en 14 ans à peine dans les toutes premières années de l’indépendance, par 20 000 paysans réquisitionnés par le nouveau gouvernement haïtien. Elle est l’un des 30 forts édifiés sur ordre de Jean-Jacques Dessalines, le premier dirigeant d’Haïti, pour parer à un “éventuel retour offensif des Français”.

Ce retour finit par arriver, 21 ans après l’indépendance.

Le 3 juillet 1825, à midi, un navire de guerre français flanqué de deux autres vaisseaux fait son entrée dans le port de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

C’est Charles X, le nouveau roi de France, qui a dépêché les vaisseaux avec pour mission de faire appliquer l’ordonnance suivante : la France reconnaîtra l’indépendance de son ancienne colonie en échange de 150 millions de francs et d’une baisse énorme des taxes douanières sur les marchandises françaises.


Si le gouvernement haïtien refuse de ratifier l’ordonnance exactement telle qu’elle est rédigée, le baron Ange René Armand de Mackau a pour ordre de traiter Haïti “en ennemi de la France” et de mettre en place un blocus de ses ports. Dans le rapport rédigé de sa main , le baron écrit qu’il a pour instruction de lancer une opération militaire qui “ne pourra plus être arrêtée.”

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À la Citadelle, les boulets de canon empilés au 19ème siècle en prévention d’une invasion française redoutée.
À la Citadelle, les boulets de canon empilés au 19ème siècle en prévention d’une invasion française redoutée.Credit...Federico Rios pour The New York Times

“Je ne suis pas un négociateur”, prévient-il le président haïtien Jean-Pierre Boyer, toujours d’après son rapport publié cette année en France. “Je ne suis qu’un soldat.”

En amont de la côte, onze autres navires de guerre français patientent. Un général du président haïtien lui fait porter de toute urgence la nouvelle, alors qu’il est en pleins pourparlers, qu’un de ses hommes a repéré la flotte française.

L’idée de payer la France n’est pas nouvelle. Le président haïtien en 1814 l’avait déjà avancée pour éviter ce que beaucoup craignaient qu’il advienne d’un moment à l’autre : une nouvelle invasion française. Privé d’échanges commerciaux avec l’Hexagone, parfois même avec les États-Unis, Boyer lui-même avait envisagé un paiement en échange de la reconnaissance internationale d’Haïti.

Mais il s’était agi là de négociations diplomatiques. Désormais, un montant exorbitant est exigé sous peine de guerre. Les requêtes de la France sont “excessives” et “dépassent tous nos calculs”, s’insurge Boyer, d’après le rapport du baron.

Après trois jours de réunions, le président haïtien finit néanmoins par céder.

Certains historiens contestent l’idée que Boyer aurait transigé pour la seule raison d’éviter la guerre à son peuple. L’universitaire haïtien-américain Alex Dupuy est plutôt d’avis que le président y voyait l’occasion d’entériner les droits de propriété de l’élite haïtienne sur les terres qu’elle avait saisies, et qu’il savait que les coûts seraient répercutés sur les masses démunies. “Il faut comprendre la pression exercée par la France sur Haïti, mais aussi les intérêts de la classe dirigeante haïtienne”, explique-t-il.

L’ordonnance du roi marque une véritable rupture. L’usage veut que les réparations de guerre incombent aux perdants, expliquent les historiens. En 1815, les vainqueurs en Europe ont fait payer à la France ses guerres napoléoniennes, dix ans avant l’arrivée du baron de Mackau en Haïti. Après la Première Guerre mondiale, les Alliés réunis à Versailles ont imposé à l’Allemagne des pénalités considérables, sources du profond ressentiment qui mènera à la Seconde Guerre mondiale.

Dans le cas d’Haïti, c’est l’inverse : ce sont les vainqueurs qui doivent s’acquitter de réparations, alors même qu’ils ont brisé leurs chaînes puis repoussé l’assaut des troupes napoléoniennes. Plutôt que de réparer, sinon simplement de reconnaître les abus de l’esclavage, l’ordonnance de Charles X se focalise sur les pertes financières de leurs anciens maîtres.

Au cours des décennies suivantes, la Grande Bretagne et d’autres pays aboliront l’esclavage et indemniseront leurs colons de leurs pertes, tout en exigeant des nouveaux affranchis qu’ils continuent à travailler plusieurs années gratuitement pour leurs anciens maîtres. L’historienne suisse Frédérique Beauvois le rappelle : seuls les États-Unis, au lendemain de la guerre de Sécession, acteront la libération des esclaves sans aucune compensation pour leurs esclavagistes.

Le cas d’Haïti fait exception. Les Haïtiens s’étaient déjà libérés.

Dans les autres cas, les gouvernements ont indemnisé les propriétaires d’esclaves pour atténuer leur résistance à l’abolition et pour éviter que l’économie ne s’effondre. Mais dans le cas d’Haïti, France exige que ce soient les anciens asservis qui paient.

“C’était pour les punir”, assure Frédérique Beauvois. “C’était une vengeance.”

La facture est démesurée. En 1803, la France a cédé la Louisiane aux États-Unis pour la somme de 80 millions de francs — à peine plus de la moitié de ce qu’elle exige désormais d’Haïti. Et la Louisiane s’étendait alors sur une très large partie du continent, englobant tout ou partie de 15 États américains contemporains. Haïti est 77 fois plus petit.

Le gouvernement haïtien n’a pas de quoi payer le premier des cinq versements prévus par l’ordonnance.

Le baron ramène donc en France trois diplomates haïtiens, où ils scellent un emprunt de 30 millions de francs. Mais une fois les commissions prélevées par le consortium de banquiers prêteurs, dont les Rothschild, Haïti ne touche que 24 millions de francs.

Les Haïtiens se retrouvent soudain à devoir non plus 150, mais 156 millions de francs. Plus les intérêts.

C’est l’un des premiers d’une multitude de prêts par les banques françaises à des gouvernements étrangers qui feront de Paris une plaque tournante de la finance internationale. Il servira aussi de prototype pour la mainmise sur les colonies post-indépendance, ainsi que l’envisageait le baron, qui sera ministre de la Marine et des Colonies.

“Sous un tel régime", écrira-t-il, “Haïti deviendrait indubitablement une province de la France, rapportant beaucoup et ne coûtant rien.”

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Nèg Mawon, sur la place centrale de Port-au-Prince, la statue d’un homme qui a fui sa condition d’esclave et appelle à la rébellion en soufflant dans une conque.
Nèg Mawon, sur la place centrale de Port-au-Prince, la statue d’un homme qui a fui sa condition d’esclave et appelle à la rébellion en soufflant dans une conque.Credit...Federico Rios pour The New York Times

‘Réduites par décès’
Paris, 1826. Charles X désigne une commission chargée d’examiner les quelque 27 000 demandes d’indemnisation d’anciens colons qui ont afflué plus de 30 ans après la révolution haïtienne.

L’indemnisation la plus importante reviendra à la famille d’un des plus puissants esclavagistes de l’histoire d’Haïti, Jean-Joseph de Laborde, banquier de Louis XV, selon l’historien allemand Oliver Gliech auteur d’une base de données sur les anciens colons.

e, les navires négriers de Laborde ont convoyé vers Haïti près de 10 000 Africains, et il a fait travailler plus de 2 000 personnes asservies dans ses plantations. Beaucoup y ont péri. Il est décapité en 1794 sous la Révolution Française, mais deux de ses enfants, Alexandre et Nathalie, toucheront près de 350 000 francs, soit environ 1,7 millions de dollars actuels, en compensation de pertes déclarées en Haïti.

Officiellement, les anciens colons n’ont droit qu’à un dixième de la valeur de leurs biens perdus. Mais Alexandre, le fils de Laborde et par ailleurs fervent abolitionniste, s’étonne lors d’un débat parlementaire en 1833 du montant des indemnités, si élevées qu’elles dépassent la valeur réelle des pertes subies.

“Avec la moitié de l’indemnité qui me reviendrait, je pourrais acquérir les trois habitations que je possédais”, affirme-t-il aux législateurs.

La loi dispose que la commission n’indemnisera les Français que pour les seuls “biens-fonds”, c’est-à-dire les biens immobiliers. Il est cependant entendu que “les esclaves étaient presque la seule valeur de Saint-Domingue” et doivent donc être pris en compte dans les calculs. Ainsi le précise à ses collègues parlementaires Jean-Marie Pardessus, un homme politique qui contribue à établir les règles d’indemnisation.

Aujourd’hui, le peu que nous connaissons des décisions de la commission provient d’un volume de 990 pages de ses notes manuscrites retrouvé en 2006 aux Archives Nationales du Monde du Travail à Roubaix.

On y découvre les réclamations d’anciens colons qui, comme preuve de leurs achats d’Africains à la veille de la Révolution, soumettent des courriers de capitaines de navires négriers ou de marchands d’esclaves. On comprend aussi à la lecture de ces pages que les commissaires soustraient au montant de l’indemnité la valeur des esclaves que les colons ont emmenés avec eux dans leur fuite.

En 1828, la commission auditionne Philippine Louise Geneviève de Cocherel. Son père, le marquis de Cocherel alors tout juste décédé, avait possédé six propriétés à Saint-Domingue, dont une plantation de sucre et une plantation de café.

Ce marquis a été distingué par le baron de Vastey dans son traité sur les horreurs de l’esclavage, mais le secrétaire de la commission enregistre les pertes sans états d’âme.

D’une belle écriture cursive, il écrit que les plantations de sucre et de coton ont été “réduites postérieurement par décès” à 220 esclaves, d’une valeur estimée à 3 425 francs par tête.

Quant aux esclaves sur la plantation de café, ils ont été “réduits à 40 par décès”, d’une valeur de 3 250 francs chacun. Dans la ferme principale 7 ont été “réduits à 6”, évalués à 2 500 francs par tête.

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Des chaînes qui servaient jadis à attacher des esclaves haïtiens exposées dans un musée de la capitale.
Des chaînes qui servaient jadis à attacher des esclaves haïtiens exposées dans un musée de la capitale.Credit...Federico Rios pour The New York Times

En 1789, avant la rébellion des esclaves et avant de retourner en France, le marquis a acheté 21 Africains tout juste enlevés de chez eux. Comme aucune précision n’est donnée quant au lieu où il les a fait travailler, la commission les évalue au prix moyen, et au centime près : 3 366,66 francs.

La fille de M. de Cocherel, désormais jeune mariée et elle-même marquise, se voit finalement octroyer le versement annuel d’une somme moyenne de 1 450 francs — 280 dollars dans les années 1860 — sur plusieurs dixaines d’années, d’après le compte-rendu officiel des arrêtés de la commission.

À titre de comparaison, le revenu annuel moyen d’un cultivateur de café en 1863 en Haïti est d’environ 76 dollars, écrit à l’époque l’économiste et homme politique haïtien Edmond Paul. À peine de quoi s’offrir un repas par jour composé de “ce qu’il y a de moins substantiel dans une œuvre de mastication.”

Comme au temps de l’esclavage, déplore-t-il.

“Prête à combattre”
Le gouvernement haïtien se retrouve immédiatement à court de fonds. Pour régler la première tranche de l’indemnité, il a vidé les caisses de l’État et expédié en France tout l’argent qui s’y trouve, à bord d’un navire français, en sacs rangés dans des caisses clouées et cerclées de fer. Il ne reste plus un sou pour les services publics.

Pour recouvrer le restant de la somme, le gouvernement français brandit une nouvelle menace de la guerre.

“Une armée de 500 000 hommes [est] prête à combattre", écrit le ministre des Affaires étrangères au consul de France à Haïti en 1831, “et derrière cette force imposante, une réserve de 2 millions.”

La réaction du président Boyer ne se fait pas attendre : il fait voter une loi qui ordonne à chaque Haïtien de se préparer à défendre le pays. Il fait aussi bâtir Pétionville, un quartier verdoyant aujourd’hui bastion de l’élite haïtienne, sur un colline surplombant la baie de Port-au-Prince. Hors de portée des canons.

De l’avis même de diplomates français, l’effet de leurs menaces est qu’Haïti investit son argent dans l’armée plutôt que de l’envoyer en France.

“La crainte de la France, qui naturellement veut être payée, ne lui permet pas de réduire son état militaire”, écrit un diplomate français en 1832.

Fin 1837, deux émissaires français débarquent à Port-au-Prince avec l’ordre de négocier un nouveau traité et de faire reprendre les paiements. La dette de l’indépendance est réduite à 90 millions de francs, et en 1838, un nouveau navire de guerre repart en France, ses cales chargées d’un second paiment qui, une fois de plus, aura absorbé une part importante des revenus d’Haïti.

L’armée accapare quant à elle une autre part importante de ces revenus, écrit Victor Schœlcher, l’homme politique et abolitionniste français. Il ne reste que des miettes pour les hôpitaux, les travaux publics et autres services d’intérêt général. L’éducation n’est financée qu’à hauteur de 15 816 gourdes, soit moins de 1 % du budget de l’État.

“Et se vendrait ensuite lui-même”
Les Français savent dès le départ que les paiements seront désastreux pour Haïti. Ils continuent néanmoins de les exiger et, pendant des dizaines d’années — à quelques exceptions près, notamment aux moments de grande instabilité politique — Haïti réussit à rassembler l’argent.

The New York Times a retracé chaque versement effectué sur une durée de 64 ans, passant au crible des milliers de pages d’archives en France et en Haïti, et des dizaines d’articles et de livres du 19ème et du début du 20ème siècle, dont ceux de Frédéric Marcelin, un ministre des Finances haïtien de l’époque.

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Frédéric Marcelin
Frédéric Marcelin
Credit...Cannaday Chapman

Certaines années, ce sont plus de 40 % des revenus du gouvernement de Haïti que la France accaparera.

“Ils ne savent plus où donner de la tête”, rapporte un capitaine français au baron de Mackau en 1826 au moment d’embarquer une cargaison d’or à Haïti.

“Après avoir essayé des emprunts à l’intérieur, des subscriptions patriotiques, des dons forcés, des ventes de domaines publics, ils se sont enfin arrêtés au pire de tous les partis”, écrit-il. Dix ans d’impôts exorbitants “tellement hors de toute proportion avec les ressources réalisables du pays, que, quand chacun vendrait tout ce qu’il possède, et se vendrait ensuite lui-même, on ne réunirait pas encore la moitié des sommes exigées.”

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Un rapport d’inspection des fonds arrivés d’Haïti dans 20 caisses verrouillées à bord d’un vaisseau français, en 1826.
Un rapport d’inspection des fonds arrivés d’Haïti dans 20 caisses verrouillées à bord d’un vaisseau français, en 1826. Credit...Archives Départementales des Landes

En 1874, Haïti a pourtant réussi à rembourser la quasi totalité de sa double dette — l’indemnité et l’emprunt de 1825 contracté pour la payer — en grande partie grâce à l’impôt sur le café. Il ne lui reste plus que 12 millions de francs à régler. Pour en finir, et enfin se mettre à investir dans le développement du pays, construire des ponts, des chemins de fer et des phares, le gouvernement contracte deux gros nouveaux emprunts auprès de banques françaises.

Le résultat ? “Un gaspillage éhonté”, dénonce le président de l’Assemblée nationale d’Haïti de l’époque à l’issue d’une enquête parlementaire.

Un prêt en 1875 voit 40 % de son montant prélevé par les banquiers et les investisseurs. Ce qui reste servira essentiellement à rembourser d’autres dettes, quand il ne sera pas empoché par des fonctionnaires haïtiens véreux qui s’enrichissent aux dépens de l’avenir de leur pays, rapportent les historiens.

Loin d’échapper à la mizè, les Haïtiens s’y enfoncent encore davantage.

Pendant ce temps, les grandes puissances mondiales, et même des pays plus modestes comme le Costa Rica, investissent massivement dans la lutte contre les maladies et l’amélioration de la qualité de vie de leurs populations. Haïti n’a que des bouts de chandelle pour bâtir des hôpitaux et construire des canalisations. En 1877, à la création de son département des Travaux publics, le pays ne compte en tout et pour tout que deux architectes et six ingénieurs.

Le diplomate britannique Spencer St. John qualifie à l’époque Port-au-Prince de “ville la plus nauséabonde, la plus sale et, par conséquent, la plus frappée par les fièvres du monde”. Les déchets humains s’accumulent en flaques fétides en pleine rue, déplore-t-il, alors que “dans d’autres pays, ils sont évacués par les égouts.”

Le principal bénéficiaire du prêt de 1875 est le Crédit Industriel et Commercial, une des banques qui financera la tour Eiffel. Et peu après sa première incursion lucrative en Haïti, le CIC façonnera plus en avant le pays en prenant part à la création de la Banque Nationale d’Haïti.

Ladite banque n’a pratiquement d’haïtien que son nom.

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Le siège social parisien du Crédit Industriel et Commercial, qui profita abondamment des ressources d’Haïti.
Le siège social parisien du Crédit Industriel et Commercial, qui profita abondamment des ressources d’Haïti.Credit...Mauricio Lima pour The New York Times

Sise à Paris et contrôlée par des hommes d’affaires et des aristocrates français, elle a la main sur les opérations de trésorerie d’Haïti, prélève une commission chaque fois que le gouvernement dépose des fonds ou règle une facture, et reverse ses bénéfices à ses actionnaires en France. En 1894, année faste, les gains de ces derniers dépassent le budget prévisionnel alloué à l’agriculture en Haïti.

En 1915, les Américains succèdent aux Français comme puissance dominante en Haïti et poussent plus loin encore la subordination du pays. Non contents de contrôler la Banque Nationale, ils mettent en place un gouvernement fantoche, dissolvent le parlement manu militari, établissent la ségrégation raciale, forcent les Haïtiens à construire des routes sans rémunération, tirent sur les manifestants et réécrivent la constitution du pays pour permettre à des étrangers de devenir propriétaires, une première depuis l’indépendance.

L’occupation militaire, longue de 19 ans, est présentée comme une nécessité vitale pour les intérêts américains dans la région et permettre de mettre fin au chaos dans le pays. Les États-Unis, dont les parlementaires redoutaient naguère un effet de contagion de l’indépendance haïtienne, qualifient maintenant leur invasion de mission civilisatrice. Elle était même nécessaire, écrit le secrétaire d’État américain Robert Lansing en 1918, car “la race africaine est dépourvue de toute capacité d’organisation politique.”

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Robert Lansing
Robert Lansing
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Un autre acteur est à la manœuvre derrière cette occupation : Wall Street, et plus précisément la National City Bank de New York, ancêtre de Citigroup. Dès 1922, sa filiale a racheté toutes les actions de la Banque Nationale d’Haïti et, forte de la garantie du gouvernement américain qu’elle sera remboursée, obtient l’autorisation de prêter encore davantage à Haïti. La banque finira par contrôler la quasi-totalité de la dette extérieure d’Haïti. S’en suit un schéma déjà bien rodé.

En dix ans, elle ne fera grand-chose pour développer le pays mais siphonnera un bon quart des revenus d’Haïti, selon les rapports fiscaux annuels examinés par The New York Times.

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Une agence de la banque Citibank à Manhattan, New York.
Une agence de la banque Citibank à Manhattan, New York.Credit...Hiroko Masuike/The New York Times

Quand des enquêteurs des toutes nouvelles Nations Unies se rendent en Haïti en 1947, après la fin du contrôle financier américain, le pays est, encre et toujours, en situation de détresse.

D’après les calculs du New York Times, de 1825 à 1957, le paiement de la dette étrangère aura absorbé en moyenne 19 % des revenus annuels d’Haïti, et plus de 40 % certaines années.

“C’est un montant vraiment énorme au regard des critères actuels”, commente Ugo Panizza, professeur d’économie internationale à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, qui a étudié l’impact économique de la double dette haïtienne.

Alors qu’un pays s’endette généralement pour investir dans son système social et son économie, Haïti a rarement été dans ce cas de figure. Au contraire, la double dette lui a été imposée par une puissance extérieure, sans aucun bien ni service en retour. Elle a sapé la richesse de la jeune nation dès ses débuts.

“Le premier impact économique de cette ponction a été l’absence de ces fonds pour investir dans l’éducation, la santé, les infrastructures”, constate l’économiste français Thomas Piketty, qui a également étudié la double dette. “Mais de façon encore plus décisive à long terme, cette ponction a totalement détraqué le processus de formation de l’État.”

Tout le monde ne s’accorde pas sur cette analyse. Haïti a connu des périodes où le poste des dépenses publiques le plus important — plus encore que celui du paiement de la dette — était la Défense.

Certains experts jugent cette situation compréhensible, étant données la crainte d’une invasion francaise, puis l’occupation américaine. Pour d’autres au contraire, ces dépenses militaires sont révélatrices du caractère prédateur de gouvernements successifs plus soucieux de s’accaparer les richesses du pays et se maintenir au pouvoir que d’aider leur peuple.

“L’alternative a toujours existé : dépenser moins pour l’armée et davantage pour le développement”, juge Mats Lundahl, économiste suédois auteur de plusieurs ouvrages sur Haïti. “C’était un choix délibéré”. Il rappelle que de 1843 à 1915, Haïti a connu 22 gouvernements, dont 17 sont renversés par révolte ou par coup d’État.

Pour M. Lundahl , il est évident que la double dette imposée par la France a eu un impact, mais, tempère-t-il : “Je ne pense pas que ce soit la raison principale du sous-développement d’Haïti.” Les dirigeants haïtiens “y ont eux-même bien contribué.”

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Le dictateur haïtien Francois Duvalier, au centre, connu sous le nom de “Papa Doc”, en 1963.
Le dictateur haïtien Francois Duvalier, au centre, connu sous le nom de “Papa Doc”, en 1963.Credit...Associated Press

Président à vie
En 1957, un médecin d’âge mûr et d’allure studieuse est élu président d’Haïti.

François Duvalier, ex directeur d’une clinique de formation des médecins au traitement du pian, une maladie défigurante, promet de libérer le gouvernement de l’emprise des élites et défendre l’autre Haïti: les pauvres, ceux qui n’ont ni routes pavées, ni eau courante, ni éducation. Il les appelle “les grands oubliés” et s’engage à les extraire de la mizè.

L’avenir du pays se présente sous un jour favorable. Pour la première fois depuis 130 ans, Haïti ne ploie pas sous le fardeau de la dette étrangère. Au Brésil, le gel a gâché la récolte de café dont le prix monte en flèche. C’est une véritable manne financière pour le gouvernement haïtien : le pays se dote de son premier grand barrage hydroélectrique et de canaux d’irrigation.

“La situation actuelle est une opportunité exceptionnelle pour Haïti”, avance la Banque mondiale en 1954. “L’occasion doit être saisie dès maintenant.”

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Dr. François Duvalier
Dr. François Duvalier
Credit...Cannaday Chapman

Mais au lieu de cela, François Duvalier pousse son pays au désespoir.

La dictature de 28 ans qu’il partagera avec son fils Jean-Claude sème la terreur. Les Tontons macoutes, une milice qu’il a personnellement créée, s’en prennent au moindre embryon de menace, s’attaquant même aux étudiants et aux journalistes. Des centaines d’Haïtiens sont arrêtés et disparaissent dans un réseau de prisons que Human Rights Watch dénonce comme étant un “triangle de la mort”. D’autres sont abattus en pleine rue et leurs corps abandonnés sur place. En 1964, Duvalier se proclame “président à vie”.

Les professionnels qualifiés fuient le pays en emportant leur savoir-faire. En 1976, le journaliste James Ferguson dénombre davantage de médecins haïtiens à Montréal qu’en Haïti.

Duvalier perfectionne l’art de la corruption de ses prédecesseurs. Non content de profiter allègrement du monopole d’État sur le tabac, le dictateur ponctionne aussi les salaires des travailleurs haïtiens envoyés dans les usines sucrières de la République Dominicaine. Son gouvernement extorque directement les citoyens, notamment au travers de son “Mouvement de rénovation nationale”, exigeant qu’ils contribuent à la construction de “Duvalierville", une ville que les juristes dénoncent comme “purement fictive.”

À ses débuts, Duvalier s’assure un précieux allié dans le contexte de guerre froide qui bat son plein : les États-Unis.

Après le vote d’un diplomate haïtien en faveur de l’éviction de Cuba de l’Organisation des États américains, les États-Unis financent la construction d’un grand aéroport à Port-au-Prince, l’Aéroport International François Duvalier. La presse qualifie l’accord d’échange de bons procédés. Mais en raison de la corruption du gouvernement Duvalier, l’Agence des États-Unis pour le Développement International ferme peu après son siège tout neuf à Port-au-Prince.

Après une seconde crise cardiaque, Duvalier, surnommé “Papa Doc”, modifie la constitution d’Haïti pour que son fils de 19 ans à peine puisse le remplacer. Jean-Claude Duvalier, “Baby Doc”, perpétue le régime de terreur et de corruption de son père. Quand lui et ses proches, sous la pression des manifestants, seront exfiltrés du pays à bord d’un avion américain vers la France, sa famille aura dérobé des centaines de millions de dollars en usant de l’État comme d’un “fief royal”, selon une enquête du gouvernement haïtien.

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“Baby Doc”, Jean-Claude Duvalier, à Port-au-Prince lors d’un discours en 1976.
“Baby Doc”, Jean-Claude Duvalier, à Port-au-Prince lors d’un discours en 1976.Credit...Agence France-Presse — Getty Images

Entre-temps, le pays a continué de s’enfoncer dans la misère. À peine un adulte sur quatre sait lire, selon un rapport de la Banque mondiale de 1985. La malnutrition affecte entre un quart et la moitié des enfants. Beaucoup habitent les campagnes, où les cultivateurs de café gagnent encore moins qu’avant le règne des Duvalier.

Après la fuite de Jean-Claude Duvalier, l’impôt sur le café est supprimé pour la première fois depuis plus d’un siècle. Mais c’est trop peu, et c’est trop tard.

Les conditions dans lesquelles on cultive le café ont à peine évolué depuis l’époque de la Révolution : les caféiers poussent librement sur des lopins de terre minuscules et se reproduisent naturellement parmi les bananiers, les orangers et les légumes. Le gouvernement n’a jamais cherché à moderniser cette culture au moyen de technologies nouvelles, d’engrais ou même l’introduction d’autres variétés de café.

Les récoltes qui se succédaient depuis des générations et avaient contribué à rembourser les dettes de la nation abondaient “comme par magie”, raconte Jobert Angrand, ancien directeur de l’Institut national du café d’Haïti et récent ministre de l’Agriculture.

Mais dans les années 1980, la magie s’estompe. Les cultivateurs les plus pauvres abattent leurs caféiers et les remplacent par des plantations à croissance plus rapide et plus rentables, entraînant une érosion des terres. Depuis Dondon, la Citadelle, hier dissimulée par un épais feuillage, est désormais bien visible des fermiers. Les exportations de café chutent.

“C’est le problème d’Haïti”, déplore Jobert Angrand. “Il n’y a aucun investissement dans les campagnes.”

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Le portrait de l’ex président Jean-Bertrand Aristide dans une rue d’Haïti.
Le portrait de l’ex président Jean-Bertrand Aristide dans une rue d’Haïti.Credit...Chang W. Lee/The New York Times

“Tant mieux”
29 février 2004. Il fait encore nuit noire quand les Américains se présentent au portail de la résidence du président Jean-Bertrand Aristide. Flanqué d’agents de sécurité, un diplomate américain gravit les marches pour voir le chef d’état haïtien — et exiger sa lettre de démission avant de lui faire prendre la route de l’exil.

M. Aristide, un ancien prêtre catholique et tribun féroce contre la dictature depuis les bidonvilles du pays, accompagné de la première dame Mildred Aristide, s’engouffre dans une voiture diplomatique qui les conduit à l’aéroport, où ils embarquent dans un avion américain.

La destination du vol n’est pas encore choisie. Ils sont simplement en train d’être exfiltrés du pays.

Pendant que l’appareil fait des ronds dans le ciel tous stores baissés, les autorités françaises enchaînent les coups de fils à des dirigeants africains pour en trouver un qui accepte d’accueillir le président déchu, d’après Thierry Burkard, l’ambassadeur de France en Haïti à l’époque. Après trois refus, c’est François Bozizé, président de la République centrafricaine, qui donne son accord.

À son arrivée à Bangui, une capitale à mille lieues de la sienne et située sur un autre continent, M. Aristide fera référence à Toussaint Louverture, le héros de la révolution haïtienne enlevé par les Français en 1802 après avoir signé un accord de paix. Louverture fut jeté sans procès dans une prison glaciale du Jura où il périt au bout d’un an.

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Toussaint Louverture, un des leaders de la révolution haïtienne.
Toussaint Louverture, un des leaders de la révolution haïtienne.Credit...Getty Images

Un de ses propos célèbres figure dans tous les livres d’histoire haïtiens : “En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs ; il repoussera par les racines car elles sont profondes et nombreuses.”

À Bangui, Jean-Bertrand Aristide adapte quelque peu la citation : “Je déclare”, dit-il, “qu’en me renversant on a abattu le tronc de l’arbre de la paix, mais il repoussera car ses racines sont louverturiennes.”

Quelques jours plus tard, il est plus explicite : il déclare par téléphone aux médias américains qu’on l’a kidnappé.

Les deux anciens colonisateurs d’Haïti décrivent leur opération conjointe de février 2004 de rapprochement après leurs frictions sur la guerre en Iraq, et d’action humanitaire visant à éviter une guerre civile imminente. Dans le nord d’Haïti, des rebelles armés menaçaient de prendre la capitale et de renverser le président, et dans les rues, des violences éclataient entre manifestants pro- et anti-Aristide. Colin Powell, alors secrétaire d’État, qualifie d’“absurde” l’affirmation de M. Aristide selon laquelle il a été kidnappé.

Ses propos sont pourtant contredits, deux décennies plus tard, par M. Burkard, l’ambassadeur français. Lors d’une interview avec The New York Times, il reconnaît que la France et les États-Unis ont effectivement orchestré “un coup” contre M. Aristide en l’obligeant à s’exiler.

Et si la demande de restitution financière de M. Aristide n’était pas le motif principal de son éviction, son exil présentait l’avantage, dit M. Burkard, de mettre fin à une campagne qui faisait l’effet d’une grenade dégoupillée susceptible de mettre feu aux relations de la France avec ses anciennes colonies.

“Tant mieux s’il est parti”, estime M. Burkard.

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Face à face, des Marines américains et des manifestants pro-Aristide, quelques jours après la destitution de ce dernier en 2004.
Face à face, des Marines américains et des manifestants pro-Aristide, quelques jours après la destitution de ce dernier en 2004. Credit...Michael Kamber pour The New York Times

Le président Aristide avait été déposé dans le passé, lors du coup d’État militaire de 1991 moins d’un an après sa victoire aux premières élections démocratiques du pays depuis la fin de la dictature. Il est réélu neuf ans plus tard et lance sa campagne pour la restitution de la dette en 2003, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint Louvertur

S’il récupère les sommes jadis versées à la France pour régler la double dette, affirme M. Aristide, le pays pourra les investir en écoles, en hôpitaux, en routes, en tracteurs et en eau pour les paysans — toutes ces choses qu’il n’a jamais eu les moyens de s’offrir.

Et il annonce la facture de la somme perdue par Haïti: 21 685 137 571 dollars et 48 cents.

L’énormité et la précision du montant déclenche les railleries des diplomates français et d’intellectuels haïtiens qui accusent M. Aristide de vouloir détourner l’attention des malheurs d’Haïti pour se maintenir au pouvoir. Selon les estimations du New York Times approuvées par plusieurs économistes et historiens, ce montant est toutefois sans doute réaliste, voire même sous-estimé.

Le gouvernement d’Aristide recrute des avocats internationaux pour réunir des arguments juridiques et un chercheur qui se plonge dans les archives françaises. Le 1er janvier 2004, à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, M. Aristide prend la parole devant une foule immense réunie sur la pelouse du Palais national. Il promet la mise en œuvre de 21 mesures dès la restitution effectuée, en référence à la salve de 21 coups de canons tirée par la flotte du baron de Mackau deux siècles plus tôt.

“Pourquoi, 200 ans plus tard, Haïti est-il aussi pauvre ?”, s’indigne toujours Jean-Bertrand Aristide lors d’un entretien exceptionnel avec The New York Times à son domicile dans la banlieue de Port-au-Prince, un grand buste doré de Toussaint Louverture posé sur une table derrière lui.

“Nous étions voués à vivre dans la pauvreté — et pas seulement dans la pauvreté, dans la misère”, déplore-t-il. “Une misère abjecte, issue de 1825.”

Aucun président haïtien n’a soulevé la question de la dette depuis le départ de M. Aristide. Douze ans après avoir rejeté la demande de restitution, la France reconnaîtra, par la voix de François Hollande, avoir bien une dette envers Haïti — avant que ses collaborateurs ne précisent très vite qu’il ne s’agissait pas d’une dette monétaire.

Aujourd’hui, Jean-Bertrand Aristide estime qu’il a, avec d’autres, “planté des graines.” Si la révolution haïtienne remonte à 1791, il a fallu des années pour que les esclaves soient libres, rappelle-t-il, et des années encore avant qu’ils ne proclament l’indépendance de leur pays.

“Ce n’est pas fini”, prédit-il.

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À Dondon, dans la coopérative de café Vincent Ogé.
À Dondon, dans la coopérative de café Vincent Ogé.Credit...Federico Rios pour The New York Times

“Il faut se résigner à la mizè”
Des pelles métalliques raclent le sol en béton de la coopérative de café Vincent Ogé. Fidèles à une technique immuable, les ouvriers ramassent les cerises de café qui sèchent au soleil et les lancent dans des brouettes.

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Vincent Ogé
Vincent Ogé
Credit...Cannaday Chapman

À l’approche du crépuscule, les agriculteurs convergent depuis leurs plantations chargés de seaux ou d’épais sacs en plastique contenant la première récolte de la saison.

“Les bénéfices du café n’ont jamais été reversés aux paysans”, estime Françisque Dubois, le fondateur de la coopérative.

Quant à la double dette, “même si l’argent revenait, il n’arriverait pas jusqu’à nous”, pense-t-il. “Il irait dans les poches des gwo moun — les gros bonnets — comme Duvalier qui a tout placé dans des banques suisses.”

Installé sur une chaise en paille, M. Dubois accueille les paysans dans la pénombre de la salle de conditionnement. À ses côtés, un ouvrier pieds nus verse la récolte de chacun dans un seau d’eau pour en retirer les cerises rongées par les parasites. Une fois leur chair retirée, les graines restantes — ce qu’on appelle désormais les fèves — sont ensuite transférées dans une citerne en vue de leur fermentation. Le processus est quasiment inchangé depuis le temps du boom du café à Saint-Domingue.

Très peu de cultivateurs de café à Dondon ont entendu parler de la dette de l’indépendance, alors même que leurs ancêtres ont largement contribué à la payer. Les rares à connaître cette histoire se disent préoccupés par trop d’autres soucis pour réfléchir à l’impact de la dette sur leur pays. Leur priorité est ailleurs: lutter contre la mizè.

La faim. La maladie. Les frais de scolarité à payer. Le prix exorbitant des funérailles d’un père. Un homme ressort de la coopérative, se passe la main sur le visage et confie d’un ton las qu’il n’arrive plus à réfléchir à rien depuis que son petit-fils est mort de fièvre.

“Il faut se résigner à la mizè”, soupire Rose Mélanie Lindor, une grand-mère de 70 ans. Cinq de ses dix enfants n’y ont pas survécu.

Quand Étienne Roberson parvient à la coopérative, le soleil baigne déjà les arbres d’une couleur de miel. Lui en sait davantage que les autres sur la dette de l’indépendance. Il a bien failli terminer ses études secondaires, mais sa famille n’a pas été en mesure de continuer à payer ses frais de scolarité.

“Ça a été mauvais pour le pays”, juge-t-il. “C’est quand on remboursait que le pays est devenu pauvre.”

De l’autre côté de la piste en terre, plus tôt dans la journée, Adrienne Present a interrompu un instant sa cueillette pour réfléchir au passé d’Haïti et au rôle qu’y ont joué ses ancêtres.

“Si c’est grâce au café que nous sommes libres aujourd’hui”, a-t-elle conclu, “je suis fière.”

Puis elle s’est remise au travail.

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