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Haiti en Marche: Entre Duvalier et les autres, reste une cruauté absolue

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gwotoro
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Message  gwotoro Ven 12 Déc 2008 - 23:59

Entre Duvalier et les autres, reste une cruauté absolue





MIAMI, 29 Novembre - Le mythe viendra plus tard, bien plus tard. Parce que le pays a continué de s'enfoncer toujours plus totalement dans la misère et dans le vide politique et toutes ses conséquences chaque jour encore plus désastreuses. Sinon le dictateur François Duvalier surnommé Papa Doc aurait disparu depuis longtemps de la mémoire des Haïtiens, pour être considéré comme l'une des tranches les plus douloureuses et les plus honteuses de notre histoire et personnellement pour ce qu'il était vraiment, tel qu'en lui-même: un complexé intellectuel et que rien ne différenciait des autres politiciens de son époque sinon son inimaginable cruauté.



C'est du moins ce que vient nous rappeler un documentaire circulant sur l'Internet et montrant la seule interview télévisée avec le dictateur, qui n'en a sans doute pas accordé beaucoup.



Cette interview ne fait pas honneur à celui qu'une fois cependant, assistant à une séance de cinéma populaire devant un large public au Champ de Mars, nous avons vu des centaines de petits jeunes applaudir en criant " Voici mon homme. Men gason. Voici notre ben Laden. "



A l'écran, on venait de voir Papa Doc descendre de sa limousine, un fusil automatique à la main.



Mais cela c'est plus de 30 ans après sa mort. Alors que le pays souffre aujourd'hui cruellement d'un besoin de leadership et que les nouvelles générations se sentent désespérément fouler au pied par des instances diverses, dont certaines affirment au contraire nous vouloir du bien. Une situation qui ne joue donc pas non plus en leur faveur.





Le mystère Duvalier!...



Toujours est-il qu'il y a loin du mythe qu'il est devenu, par la force des choses, à la vérité du petit bonhomme aux yeux hypocrites et fureteurs derrière de grosses lunettes épaisses, au français approximatif (alors qu'il prétendait ne pas parler créole) et au sourire cynique, traduisant toute la longueur de sa cruauté...



Alors qu'on en fait aujourd'hui une sorte de master en politique haïtienne, qui ait pu bâtir un régime qui a fait régner la paix (mais la paix du tombeau) pendant trois décennies, le seul qui ait pu maîtriser les instincts cannibales de la gent politicienne dans notre pays dont on voit à nouveau aujourd'hui toutes les horreurs révoltantes dont elle peut accoucher...



Eh bien, cette interview vient percer le mystère Duvalier. En ce sens qu'il n'y a pas de mystère du tout. Mais un individu tout ce qu'il y a de plus ordinaire et banal. Un monstre de conformisme. Avec par surcroît, et c'est la pire espèce, un intellectuel raté, un professionnel sans envergure et un politicien méprisé de ses pairs. Donc une bombe à retardement s'il en est. Comme il y en a partout, chez nous comme ailleurs. Toute la différence ici est que vous avez affaire à un mythomane qui a conçu systématiquement de se rattraper dans la destruction et le crime de tout ce que la vie lui a refusé. Suivez mon regard!



Duvalier n'était pas un haïtien normal au sens où il a sacrifié le bon café chaud, le tabac, le sexe et tous les petits plaisirs de la vie dont nous Haïtiens raffolons... tout cela pour le pouvoir absolu. Bref il avait vendu son âme au diable. Le même diable qui continue de nous hanter.



Finalement oyez donc cette interview:





" Traversant les plus hautes montagnes de ce pays "!...



. Président Duvalier, qui êtes-vous?



. " Tout le monde sait qui est le président Duvalier. Les dimensions de l'homme ont été projetées au-delà des frontières nationales. Avant d'être président de la république, j'avais déjà marqué l'histoire de ce pays. L'intellectuel qui a consacré toute sa vie aux travaux de l'esprit et qui a écrit des œuvres pour l'éducation morale et spirituelle des générations contemporaines et celles à venir, croit avoir travaillé au bénéfice de la population haïtienne bien avant de devenir président de la république. "



A une autre question:



. " Je sais travailler de 5 h du matin jusqu'à 2, 3 h de l'autre matin. Tous mes partisans (et amis) sont très fâchés contre leur président (et leur ami) parce que je travaille trop. Mais je suis médecin, habitué à parcourir et à faire 8 heures de cheval par jour ".



Entre parenthèses, on connaît le goût du superlatif si cher aux mauvais écrivains ainsi qu'aux politiciens marrons.



Donc Duvalier poursuit: " traversant les plus hautes montagnes du pays pour apporter les soins médicaux aux braves paysans. Et ce sont ces braves paysans qui m'ont tenu bon compte et qui m'ont élu président de la république, puisque je ne pouvais pas être président de la république, je n'avais pas d'argent, je n'ai dépensé pas un seul centime, ce sont les amis qui m'ont apporté de l'argent pendant la grande campagne historique de 1956-1957, la plus mouvementée et la plus dure de toute notre histoire nationale. C'est grâce au concours de ces paysans qui avaient reçu les soins médicaux de leur médecin que j'ai pu accéder à la première magistrature de l'Etat le 22 septembre 1957, il y a aujourd'hui 11 ans. "



(Donc cette interview avait lieu en 1968, trois ans avant la mort du dictateur en 1971, pour être succédé par son fils Baby Doc qui régnera jusqu'en février 1986).





" Il faut que j'inspecte les rues pour voir si elles sont propres "...



L'interviewer suit Papa Doc dans son bureau. Commentaires:



. Le président dort parfois tout habillé dans son bureau. C'est un homme seul et secret.



Duvalier: " Depuis 11 ans que je dirige les affaires de la république, je mange seul à cette table, seul, tous les jours, sans aucun membre de ma famille, pour pouvoir continuer à réfléchir et à penser aux affaires de la république. "



Question: Vous ne quittez jamais le palais?



Duvalier: " Je quitte le palais très souvent. Surtout la nuit, pour pouvoir inspecter. C'est une déformation mentale... ".



A présent, chers auditeurs, tenez-vous bien: " Il faut que j'inspecte les rues pour voir si elles sont propres, c'est une question d'hygiène publique. "



Et Duvalier de rappeler qu'il a été ministre de la santé sous le gouvernement de celui qu'il présente comme son mentor, Dumarsais Estimé, et dont il conserve la photo et même le bureau comme une relique au palais national.



Duvalier poursuit: C'est une déformation mentale. Les citoyens doivent sortir le matin dans des rues propres...





" Un fou peut toujours faire feu sur le président " ...



Question: Et vous partez comme ça la nuit, seul, sans rien dire?



Duvalier: " Quand je pars la nuit, mon service de sécurité a beaucoup de peine à me retrouver. "



Pourtant peu après, dans la séquence suivante, l'interviewer de relever: Quand Duvalier prend l'air, c'est toujours par surprise.



17 Octobre. On voit le président à vie qui arrive au Pont Rouge pour la commémoration de l'anniversaire de l'assassinat de l'empereur Jean Jacques Dessalines, le premier chef d'Etat de l'Haïti indépendante.



Commentaires de l'interviewer: les Haïtiens sont indépendants depuis 1804 mais très pauvres.



Au cours de la conversation qui s'ensuit avec Duvalier, il lui demande: est-ce que vous craignez que ce qui est arrivé à Dessalines vous arrive aussi?



Duvalier (avec un sourire en coin): " Oui, un fou peut toujours faire feu sur le président. Ce sont les risques du métier. "



Pendant qu'il parle ainsi, plusieurs bataillons de militaires et de tontons macoutes maintiennent autour de lui un périmètre de sécurité aussi large que le Champ de Mars.



Aux côtés du dictateur ses deux principaux bouledogues, le général Gracia Jacques et le chef de sa milice, Mme Max Adolphe.



Tous trois éclatent d'un grand rire moqueur: " Eh oui, seul un fou, ah ah ah! "



Marcus, 29 Novembre 2008

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