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Entrevue du Matin avec le premier ministre JEA

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Message  gwotoro Ven 15 Déc 2006 - 21:56

INSÉCURITÉ / Le Conseil supérieur de la PNH en état d’urgence

Le Matin, 14 decembre 2006

Jeudi 14 décembre 2006. 7h 30 a.m. Scintillement des flashes de la caméra de notre photographe Jean-Jacques Augustin. Le président du Conseil d’administration du Matin accueille, à l’entrée de l’immeuble du journal, le Premier ministre Jacques Édouard Alexis. Le président du Conseil est accompagné de l’éditorialiste en chef Claude Moïse, du rédacteur en chef, Clarens Fortuné. Quelques minutes après, l’équipe du Matin sera complétée par son éditorialiste, Roody Édmé.

Au milieu de ses gardes de corps, le Premier ministre, lui, est accompagné de quelques membres de son cabinet particulier et du service de protocole de la primature.

Le chef du gouvernement répond à un rendez-vous. Celui fixé par Le Matin dans le cadre de la série de rencontres, planifiée par ce média, avec les grands commis de l’État, et les grands fonctionnaires de la communauté internationale en mission dans le pays.

Durant une heure et demie, différents sujets, brûlants d’actualité, seront débattus.

Une situation d’exception

D’entrée de conversation, le Premier ministre Jacques Édouard Alexis admet que, ces jours-ci, « le pays vit une situation d’exception », caractérisée par la montée en flèche de l’insécurité. Un mal qui n’épargne personne et qui s’est découvert de nouvelles cibles en la personne d’innocents écoliers.

Il y a à ce sujet, constate Claude Moïse, deux aspects : « l’insécurité proprement dite et le sentiment de l’insécurité ». Mais les deux faits (le réel et le psychologique) se marient pour engendrer, dans la cité et ses environs, une véritable psychose, alimentée par le peu de visibilité des mesures gouvernementales pour combattre le fléau.

Et pourtant, soutient le Premier ministre Alexis, les autorités concernées agissent. « Les résultats sont lents, mais nous agissons et nous avons des résultats ». À Cité militaire, Simon Pelé et même à Cité Soleil, des progrès sont réalisés. Certes, beaucoup reste à faire, convient M. Alexis.

Suite de l'article: http://www.lematinhaiti.com/PageArticle.asp?ArticleID=3723


Dernière édition par Forum Haiti le Dim 24 Déc 2006 - 12:27, édité 2 fois
Rodlam Sans Malice
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Message  Rodlam Sans Malice Ven 15 Déc 2006 - 22:25

Je comprends et j'apprecie meme cette declaration du Premier Ministre Alexis:'la police haitienne n'avait pas les moyens pour combattre l'insecurité."C'est la verité.J'espère qu'il va prendre les dispositions nécéssaires pour remedier à cette lacune.Car la securité du pays ne peut dépendre de la MINUSTAH.Il faut faire des sacrifices pour doter la police des moyens capables de freiner l'evolution de cette delinquance.S'il faut un changement de personnelau sein de la direction de l'institution policière qu'on le fasse le plus vite possible, car cette situation menace l'existence meme du pays.Quand des ecoliers sont kidnappes en plein jour à la capitale ,alors la il n'y a pas lieu de tergiverser ;il faut prendre les mesures drastiques pour mettre fin à ces actes qui angoissent les familles.

Je n'adhere pas à ce faux- fuyant qui dedouane les irresponsables à savoir le pays n'a pas les ressources pour augmenter l'effectif de la PNH et l'equipper de moyens logistiques adequats.Comment a-t-on pu acheter des voitures pour les deputes ;comment a-t-on pu accorder des sommes aux politiciens pou la campagne electorale;comment a-t-on pu trouver 80 millions de gourdes pour faire danser les haitiens dans les immondices qui rentrent au nez des Port-au-princiens?
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Message  gwotoro Ven 15 Déc 2006 - 22:46

Les changements vont venir, mais l'Etat haitien ne pourra ameliorer les choses du jour au lendemain, meme si la situation demanderait des reponses immediates, surtout si l'international n'accorde pas l'aide promise.

Avec une police de 5000 hommes, sous equipee, vous n'allez pas loin. Il faut a tout prix augmenter l'effectif de la police et s'assurer controler le ''combustible'' de la violence: l'acces aux bandits potentiels et l'acces aux munitions (controler les deportes, controler nos ports, frontieres, accorder de meilleures conditions de vie aux policiers et juges afin qu'ils soient moins tentes par la corruption, etc). Malheureusement, cela coute cher et cela enleve de l'argent qui aurait pu et qui aurait du en fait, servir a d'autres priorites sociales...

Rodlam,

Je peux vous assurer que, quoiqu'on puisse penser de la subvention pour le transport des deputes et la subvention a la campagne electorale, c'est l'une des mesures les plus susceptibles d'assurer une certaine stabilite au pays. Vous n'avez aucune idee de l'haitien aujourd'hui, pour qui le pouvoir n'est qu'un lieu ou faire de l'argent...
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Message  Rodlam Sans Malice Ven 15 Déc 2006 - 23:13

gwotoro

Allons donc mon vieux."C'est l'une des mesures les plus susceptibles d'assurer une certaine stabilité au pays".jeune homme, permettez-moi d'utiliser cet anglicisme:Show me the money"(lol)Les gloutons ne seront jamais rassasiés.
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Message  gwotoro Ven 15 Déc 2006 - 23:17

Normalement, cela ne devrait pas etre le cas, je suis tout a faire d'accord avec vous...
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Message  gwotoro Ven 22 Déc 2006 - 18:13

INTERVIEW EXCLUSIVE / « Nous nous limitons à l’approche de départ : négociation »

par Marc-Kenson Joseph
jmarckenson@lematinhaiti.com

Le Matin : Au niveau sécuritaire, divers secteurs estiment que la situation est insupportable. Comment la voyez-vous?

Jacques Édouard Alexis : L’insécurité, c’est la question du jour. Mais, on avait prévu que la situation pourrait aller dans cette direction. C’est la raison pour laquelle le président Préval et moi, dès notre entrée en fonction, avons fait du volet sécurité l’un des points clé de notre programme général, parallèlement à la réforme de l’État.

Il faut produire des résultats positifs, compte tenu de la situation. Au cours de la période pré-investiture – j’étais président de la commission devant organiser la cérémonie – on a eu à adresser cette question. Il y avait deux mots d’ordre : force doit rester à la loi ; des interventions socio-économiques doivent être faites pour aider vraiment les populations pauvres à sortir de l’étau des bidonvilles.

C’est dans cette double direction que l’action gouvernementale a commencé. Évidemment, c’est lorsque l’on a eu en main les commandes qu’un état des lieux a pu être dressé. D’abord, il faut comprendre que le pays qu’on a laissé le 7 février 2001 n’est pas celui qu’on a retrouvé. En 2001, il y a eu un bilan somme toute positif. Par contraste, c’est un pays complète- ment désarticulé, anémié, affaibli que nous avons aujourd’hui. Notamment au niveau des postes de sécurité. La police n’a pas été seulement trivialisée, elle a été carrément prostituée.

Ne parlons pas de la question socio-économique. L’héritage que nous avons reçu est négatif. Il fallait partir de là. Au mois de juin, on a commencé à faire un petit peu le bilan pour voir ce qu’on pouvait lancer. Cependant, le budget de fonctionnement était déjà épuisé. On ne pouvait pas faire grand- chose. Il fallait attendre la préparation du budget 2006-2007 pour pouvoir réellement penser à enclencher une nouvelle donne.

Il restait quelque chose du budget d’investissement inclus dans le Cadre de coopération intérimaire (CCI). Des choses bien précises. C’est dans ces conditions que nous avons opéré le début du mandat de René Préval. Permettez-moi d’insister sur le volet économique, notamment sur sa composante : le Programme d’apaisement social (Pas). Nous avons conceptualisé ce volet parce que nous savons très bien qu’étant donné la situation lamentable dont nous avons hérité après les élections, il fallait donner un peu d’oxygène avec ce pro- gramme, pour mettre en place les chantiers d’infrastructures, d’éducation, etc.

LM: Avec quels résultats ?

JEA: Ce n’est pas demain la veille. Les résultats vont se matérialiser. Mais, il fallait disposer d’une sorte de soupape. Le Pas avait quatre volets : interventions dans chacune des communes de la république (à hauteur de USD 350 300) ; Les employés révoqués – il n’a jamais été question de les réintégrer dans la fonction publique puisque, dans 90-91 % des cas, ce sont des gens sans qualification ; Les militaires démobilisés – on a peut être pris une décision politique administrative à leur sujet, mais on n’a pas résolu la situation comme telle ; Les arriérés de salaire, on voulait en fait donner les moyens de résoudre ce problème.

Malheureusement, nous n’avons pas pu trouver les moyens financiers nécessaires notamment lors de la conférence des bailleurs du 25 juillet parce que il y a eu un mépris, une incompréhension. On a tout focalisé sur les employés révoqués. Mais, ce n’est pas une affaire politicienne. C’est bien un objectif qu’il fallait coûte que coûte atteindre. On savait bien qu’ils (employés) allaient gagner les rues pour, au passage, mobiliser toute une série de cohortes.

Malgré tout, il y a eu un certain nombre de résultats positifs. C’est vrai, la machine a été lente. D’abord, il fallait bien comprendre la situation. Deuxièmement, trouver la formule de coopération entre la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) et la PNH. À un certain moment, le président Préval a dû monter au créneau pour organiser ces réunions afin d’amener les deux corps à faire des interventions. Il y a eu beaucoup de méfiance entre ces deux forces. Dans les deux cas, souventes fois, on a manqué d’engagement. Donc, on a pris du temps.

LM: Quand et comment vous êtes-vous attaqué aux quartiers sensibles ?

JEA: Mais, à partir de la période août/septembre, on a commencé à s’attaquer aux quartiers difficiles. Le boulevard Toussaint Louverture était devenu, en certains jours, un no man’s land. Nous avons pu y mettre de l’ordre afin que les entreprises reprennent service. Maintenant, nous avons mis toutes nos forces sur Cité Soleil. Il y a eu une très bonne coopération Minustah/PNH. La Minustah pointant ces canons à partir des quatre extrémités du quadrilatère et la police à ce moment-là engagée – à terre– pour commencer à faire son travail.

Les bandits commençaient à se rendre à l’évidence et cherchaient à prendre contact au moyen d’intermédiaires, puis directement, pour proposer de déposer les armes. Ça c’est la vérité. À aucun moment il n’a été question pour nous de nous engager dans une opération militaire avec toutes ses conséquences négatives. Cela aurait été une décision de dernière minute. Tout autant qu’il y a une possibilité d’y aller avec une approche qui nous permettrait de commencer le désarmement, de désarmer effectivement avec le moins de casse, nous nous sommes limités à cette approche.

LM: Des négociations ont donc eu lieu ?

JEA: Nous avions commencé à discuter avec ces gens-là pour qu’ils donnent des preuves de leurs nouvelles dispositions. Effectivement, on a reçu environ soixante armes. Celles-ci n’étaient pas des jouets ni des armes créoles. Il était question aussi que l’on prenne en charge « les soldats » dans une opération de réinsertion. On a commencé à éprouver des difficultés à partir de là. Parce que la Minustah, qui avait le budget pour prendre cela en main, n’était pas prête. Ce volet était entamé sans structures adéquates. Dans certains cas, les jeunes voulaient sortir de cette situation. Par contre, les groupes de Cité Soleil nous ont refilé également de véritables bandits qui ne voulaient rien savoir de la réinsertion mais étaient là pour nous espionner.

Pour essayer de parer au plus pressé, nous avons commencé à débloquer des financements à partir du budget national mais il y a eu des hésitations qui ont handicapé le processus. C’est à ce moment-là que la Commission nationale de démantèlement, de désarmement et réinsertion (CNDDR) a pris naissance. Il fallait mettre en place les premiers éléments, le budget, etc.

À aucun moment de la durée, il n’a été question de garantir l’impunité aux bandits. Nous n’allions pas nous mettre à la place des familles. En tant qu’État nous avons cette responsabilité de rendre justice mais les familles aussi, de leur côté, ont le droit de demander justice.

Depuis lors, il y a eu une pause. Nous n’avons plus engagé de discussions avec les bandits. Actuellement, des opérations sont menées pour traquer des kidnappeurs ainsi que des bandits inscrits au programme mais qui continuent d’opérer. Ce n’est un secret pour personne, il a fallu également beaucoup de temps pour trouver, au sein de la Police nationale, les équipes qui pouvaient réellement participer à ces opérations.

Mais il demeure que la Police n’a aucun moyen pour résoudre à elle seule le problème de l’insécurité. Le directeur de l’institution l’a reconnu.

LM : Vous avez fait état de l’échec du programme DDR, est-ce que le gouvernement est en train de revoir cette stratégie ?

JEA : Je ne dirais pas qu’on a échoué totalement, parce qu’on a beaucoup appris. Mais, effective- ment, il convient de modifier l’approche. Déjà, nous pensons qu’il y a une meilleure communication. Il reste des choses à faire. À part cela, il y a le terme « négociation » qu’il faut peut être mieux expliqué à la population car il y a une impression négative due à une mésinterprétation de mes propos. Je suis un homme de science. Je regarde les données. Et les données que j’ai en main ne m’autorisent pas à envisager d’autres formes d’action pour combattre l’insécurité. C’est ma conviction. Il y a une offre de déposer les armes, je dois étudier l’offre, peser sa crédibilité.

On ne peut pas s’appuyer sur la Minustah. Son contrat d’engagement est de six mois. On ne peut pas faire de projet avec la mission. D’un autre côté, il a fallu faire pression sur le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu) pour obtenir que la Minustah puisse enfin participer à des interventions. Nous avions proposé la dernière fois au Conseil de sécurité de l’Onu que le mandat de la Minustah soit d’une année. Mais le Conseil de sécurité n’a pas donné de suite. Même pour la formation de la Police, la Minustah ne veut pas trop s’engager sur le moyen terme.
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Message  gwotoro Ven 22 Déc 2006 - 18:13


LM : Un diplomate des grands pays amis d’Haïti opinait que le programme de DDR est une aberration. Cela signifie quoi, pour vous ?


JEA : C’est surtout les étrangers qui étaient venus avec le concept qu’ils ont voulu vendre. Nous avions compris que ce n’était pas du tout le genre de formule qui pouvait s’appliquer dans un pays comme Haïti. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas eu beaucoup d’actions. On est en train de voir quelle autre formule appliquer.

LM : À la conférence du 25 juillet, vous avez insisté sur le procédé de la carotte et du bâton ». Peut-on s’attendre à vous voir brandir le bâton dans les prochains mois, les prochaines semaines ?

JEA : En ce qui concerne cette formule « carotte et bâton », c’est les deux. À tout moment, on les met en application pour résoudre les problèmes de violence. Mais, on essaie de considérer certains problèmes de banditisme comme des problèmes sociaux. Le bâton reste toujours le bâton. On n’a jamais baissé la garde. Les instructions ont toujours été claires que ce soit du côté de la PNH que celui de la Minustah.

LM : Comment mettre en application ou remplacer le décret à propos du kidnapping publié sur le gouvernement intérimaire ? Est-ce qu’on ne peut pas prévoir des chambres spéciales

JEA : Depuis hier (mercredi 13 décembre) l’équipe du CSPN est en état d’urgence. Nous avons décrété la permanence jusqu’à ce que nous trouvions une solution à cette vague d’insécurité grossière qui menace les fêtes de fin d’année. Une très fructueuse rencontre a eu lieu avec la commission bicamérale au cours de laquelle nous avions décidé d’avoir une cellule de suivi. Des décisions importantes vont être prises aujourd’hui (jeudi 14 décembre). Nous vivons une situation exceptionnelle. Il y a pas mal de propositions qui nous paraissent extrêmement intéressantes. Nous allons en discuter rapidement. Il s’agit de diverses lois sur les agences de sécurité, ainsi que d’une loi concernant les armes à feu.

Le gouvernement travaille également sur la possibilité de revenir sur le contrôle des hôtels. Il y a des visites qui se font. On essaie de voir comment monter une véritable agence centrale de renseignements qui aura à travailler non seulement avec la Police mais avec les ministères de l’Intérieur, des Finances et de l’Économie. La France est une partenaire potentielle. L’agence sera mise en place dès la semaine prochaine.

LM : Quelle lecture faites-vous de l’insécurité ? Est-elle politique ou essentiellement criminelle ?

JEA : L’insécurité est criminelle. On a eu des prétextes politiques lorsqu’on a voulu mettre le pays dans ce genre d’histoire. Mais à la vérité, on a remarqué qu’il s’agit bien de criminalité. On a besoin d’avoir la contribution de tout le monde pour aboutir à sa solution.

LM : Les performances d’Haïti (depuis le gouvernement intérimaire) au niveau macro-économique ont été saluées à Madrid. Comment garder cet acquis ?

JEA : Le fait que la loi Hope ait été approuvée par le Sénat américain est une excellente chose. Mais, ce n’est pas le fait d’avoir 40 000 emplois ou plus qui est important. C’est surtout le signal donné qui montre que nous sommes en train de créer des conditions pour que le pays, comme on dit, « is back in business ». Je crois que c’est fondamental. Parce qu’à la vérité, quand on regarde bien les choses, le défi que nous avons à relever ensemble est finalement de bâtir la nation autour de cette préoccupation : nous sommes fils et filles du même pays et que, quelque part, il y a une solidarité qu’on doit développer pour que chacun et chacune y trouve son compte. Il n’y a pas de conflit d’ethnie, pas de guerre entre nous. Cependant, l’assiette est petite. Comment peut-on s’y prendre pour l’élargir ? Par exemple, comment travailler pour arriver à la scolarisation universelle ?

LM : Les organisations internationales se concentrent sur l’éducation de base. Parallèlement, nous avons le problème du renouvellement de nos élites, où se situe votre gouvernement ?

JEA : Je suis un passionné de cette question. Mais, nous devons reconnaître que les élites n’ont pas fait leur travail. Il y a une situation qui pourrit depuis 1986 et nous n’avons pas été suffisamment courageux pour y faire face. C’est-à-dire qu’on a laissé la politique politicienne gagner et on n’a pas su, jusqu’à présent d’ailleurs, donner un véritable rôle à l’université. Quand je me critique, par rapport à mon premier passage en politique, lors du premier mandat, ma faiblesse-là où j’ai pensé que j’ai échoué – c’est la question de l’éducation universelle. Parce que ce n’est pas normal.

Vous voyez la question de la faiblesse de l’administration de l’État, c’est en partie dûe au fait que nous n’avons pas été capables de renouveler ces élites que le pays s’était donné à un certain moment. Sur- tout avec la démographie, on n’a pas pu faire le travail qu’il fallait pour avoir cette masse critique d’hommes et de femmes bien formés qui travaillent dans l’intérêt collectif.

LM : Est-ce que dans le cadre de ressources limitées, ce gouvernement est prêt à sacrifier un peu son objectif d’éducation universelle de base, avant de s’attaquer à l’enseignement supérieur ?


JEA : À la vérité, il n’a jamais été question de terminer avec l’éducation universelle avant de prendre en compte les autres étapes du système. Non. Nous avons pleins de moyens maintenant. Moi je suis partisan, par exemple, du principe selon lequel il faut payer un minimum pour recevoir un enseignement de qualité. Le simple fait qu’il s’agisse d’une université d’état permette de croire que l’étudiant ne doive absolument rien débourser. Je voulais créer un système de crédit éducatif en Haïti. Le gouvernement du Québec m’avait envoyé son meilleur spécialiste.

Malheureusement, nous n’avons pas pu trouver d’écho dans l’enseignement supérieur public. Le projet dort encore dans les tiroirs. Mais je crois que nous savons très bien ce qu’il faut faire pour moderniser notre système d’enseignement supérieur. Nous pensons que aujourd’hui, il y a même urgence pour intervenir. Il y a un cri d’alarme à lancer.

LM : Quelle est la position du gouvernement par rapport à la crise au niveau de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) ?

JEA : Je pense que c’est un problème récurrent. On ne l’a pas posé dans toute sa crudité. Après le départ de Jean Claude Duvalier, il y a une formule qu’on avait tentée, c’était la mise en place d’un conseil d’administration à la tête de l’hôpital pour qu’il n’y ait pas une gestion directe du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). Je crois que c’est la formule à développer.

On n’est pas obligé d’avoir un médecin comme directeur général. Le grand problème de l’hôpital c’est le management. Il faut avoir un gestionnaire pour prendre en charge le plus grand centre hospitalier. Cela doit être accompagné d’une dynamique de modernisation.

LM : Va-t-on privatiser l’Électricité d’État d’Haïti (Ed’H) ?

JEA : J’ai annoncé une revitalisation du Conseil pour la modernisation des entreprises publiques (Cemep) avec, comme point d’intérêt, la Téléco, l’Ed’H, la Camep et la Sonapi. On ne peut plus continuer à voir ce mode de fonctionnement de l’Électricité d’État d’Haïti (Ed’H). C’est la raison pour laquelle on a fait appel à un ancien ministre des Travaux publics – quelqu’un qui connaît le secteur et qui y a travaillé pendant très longtemps – pour nous aider non seulement à reprendre l’Ed’H en mains, mais surtout à préparer la modernisation de l’institution.

Cette modernisation doit s’inscrire dans le contexte d’une nouvelle politique énergétique commune. L’Ed’H est en bonne piste. Et on doit nous présenter des résultats des audits de la Téléco, de l’Ed’H et de la Camep dans quelques minutes. Des institutions nous aident à préparer le processus de remis en ordre en terme de management, de réforme administrative, de réforme de personnel.
C’est une politique d’ensemble qui est décidée au niveau du pouvoir public mais il faut attendre trois à quatre mois pour constater une amélioration significative de l’énergie.

LM : La loi de 1983 a mis en place le Conseil d’administration des organismes de la société (Caoss). Le secteur privé se dit très inquiet face à la réticence des gouvernements antérieurs. Qu’en est-il pour le vôtre ?

JEA : On est en train d’avancer. On a reçu déjà de M. Jean Robert Argant, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH), trois noms. Nous sommes en passe de monter effectivement la nouvelle directive de Caoss. Pour reconstituer l’administration du Conseil pour la modernisation des entreprises publiques (Cemep), nous avons demandé à M. Argant de nous faire parvenir cinq noms.

LM : Comment comptez-vous opérationnaliser les 1420 postes qui viennent d’être élus suite aux élections du 3 décembre ?

JEA : C’est un « cas ». Je crois que avec la loi sur les collectivités et d’autres instruments que nous disposons, on va voir comment financer la mise en place. C’est cependant largement insuffisant, compte tenu de ce qu’il y a à faire. Tout est à faire. Au moment où nous parlons, il n’y a pas encore, en matière de législation, un dispositif qui nous permettrait de dire en quoi consiste cette décentralisation. Dans la constitution, on se montre très généreux mais il faut encadrer tout ça. Or, les lois d’encadrement ne sont pas encore réellement respectées. Il faut avoir le sens de la mesure, le sens de l’équilibre.

Une commission de décentralisation interministérielle et intersectorielle est montée de manière à pouvoir commencer véritablement un débat national avec une approche participative, ce qui amènera une formule.

LM : M. Jacques Édouard Alexis, êtes-vous pour un amendement de la constitution de 1987 sans le mécanisme prévu par celle-ci ?

JEA : Tout à fait. Je ne vois pas comment l’on peut suivre le mécanisme prévu par la constitution. Ce n’est pas seulement un toit d’étage de la constitution qu’il faut faire. Il faut la revisiter en profondeur.

LM : Des manifestations quasi quotidiennes se font à travers Port-au-Prince suite aux élections du 3 décembre. Quelle va être la position du gouvernement pour empêcher qu’il y ait un désordre généralisé à l’annonce des résultats ?

JEA : Maintenant, le Conseil électoral provisoire (CEP) est responsable de la publication des résultats. Samedi dernier (9 décembre) j’ai eu une réunion avec le CEP, presque au complet, afin justement d’arrêter des mesures pour s’assurer qu’après la proclamation des résultats le pays ne sombre pas dans le désordre. Des élections de second degré probablement vont être réalisées pour la mise en place des assemblées. Nous avons également demandé au CEP de respecter la norme. Finalement, nous allons passer des instructions très fermes à la police nationale qui doit jouer clairement son rôle. Nous nous attendons également à ce que la Minustah joue la sienne.

vendredi 22 décembre 2006

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